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mercredi 15 octobre 2014

Les « Livres dont Vous Êtes Le Héros » et peut-être l'auteur ?

Séquence émotion et archéologie avec des « Livres dont Vous Êtes Le Héros » qui ressurgissent du passé et font l'objet de ce billet sur le site de David Madore.





Et ô joie, les « Livres dont Vous Êtes Le Héros » vous pouvez aussi en être l'auteur grâce aux outils dont il est question ci-dessous :
* sur le site Littéraction (Advelh, Graphviz)

Un excellent entrainement qui vous permettra d'acquérir les compétences nécessaires à de plus grands projets, comme la participation à une Assemblée Constituante. Mais siiii, vous pouvez le faire.


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« Survivre c'est mourir. Il faut patiemment et sans relâche construire, organiser, ordonner. »
Michel Tournier

vendredi 25 juillet 2014

Pourquoi la guerre ?

La guerre, c'est quand un clan (un peuple, un pays, une tribu, des gens) et un autre clan se tapent sur la gueule, à moyenne ou grande échelle, plus ou moins bien armés, en ayant pour objectif de faire autant de morts que possible et aussi mal que possible à l'autre clan, pour qu'il capitule.


Combien de temps ça dure ?

Des fois, un clan a beaucoup plus de matos et de soldats que l'autre clan, et il lui défonce la gueule en deux temps trois mouvements (et une dizaine de bombardements, histoire de rentabiliser le matos et de se la péter un peu).

 Dracaufeu se la pète en Syrie

D'autres fois, aucun clan ne capitule, et ils se tapent sur la gueule pendant très, très, très longtemps.

Et d'autres fois encore, ils en ont marre de se taper sur la gueule alors ils arrêtent. Avec moult communiqués humanistes et arrangements diplomatiques à l'appui, afin de ne pas passer pour des grosses tâches qui ont fait la guerre et tant de victimes pour rien.


Justement, des victimes y'en a plein

* Des soldats ou guerriers de chaque clan, évidemment, puisque c'est eux qui font la guerre et qui ont les armes (ça aide pour faire la guerre) ;

* Des gens qui n'ont rien demandé à personne, ne font pas la guerre, mais qui se prennent un missile, une roquette, un attentat ou des coups de machette dans la gueule quand même. On appelle ça "les civils", ou "populations civiles", pour les distinguer des combattant-e-s de chaque clan ;

* La nature qui, comme les populations civiles, s'en prend plein (genre : PLEIN) la tronche : écosystèmes et paysages ravagés par les incendies, par les bombardements, par les armes chimiques, par les besoins des militaires ou des réfugié-e-s ; chiens, chats, chevaux, bétail, faune sauvage, tous ces animaux blessés, agonisants, massacrés, abandonnés, perdus ou affamés, dans l'indifférence générale le plus souvent (aaaah, cet "humanisme" se résumant à "les humains d'abord", que c'est touchant d'égoïsme).
Si l'effet des gaz lacrymo sur des enfants voire des bébés vous émeut, imaginez donc l'effet de ces gaz sur un moineau. Et sur la plupart des formes de vie alentour. 


Jeux de guerre

Mode Multi obligatoire

La guerre ayant besoin de joueurs (car faire la guerre tout seul.. on s'ennuie vite), le mode solo est banni. En temps de guerre, le mode multijoueurs est obligatoire.
Qu'on soit attaqué - et déclaré vaincu - alors qu'on n'a rien demandé, ou qu'on soit sommé de rejoindre une team, pas moyen d'esquiver la guerre en mode solo.

Vous aurez beau expliquer aux autres joueurs que :


rien à faire, voici ce qui vous attend :



Les (effets) dominos

C'est quand, via un jeu d'alliances et d'intérêts de clans contre d'autres clans, le mode multijoueurs devient hors de contrôle. C'est ainsi qu'un conflit isolé peut déclencher une succession d'évènements, qui en déclenchent d'autres et ainsi de suite, et parfois aboutir à un immense foutoir généralisé (ou une guerre mondiale, oui voilà).




Le jeu du Céki Karaizon

Un jeu très prisé chez les humains, même en temps de paix, mais plus particulièrement en temps de guerre. Le jeu consiste à répéter inlassablement « C'est moi qui ai raison ! », que vous ayez raison ou non d'ailleurs peu importe, le but n'étant pas de savoir quel clan a vraiment raison mais d'offrir au public une joute digne des meilleurs tournois de ping-pong :

- C'est moi qui ai raison !
- Non c'est moi !
- Non toi t'es le méchant, donc c'est moi le gentil et les gentils ont toujours raison !
- Faux ! Le gentil c'est moi !
- T'es pas gentil ! Tu m'attaques !
- Toi aussi tu m'attaques !
- Oui mais moi je t'attaque parce que c'est moi qui ai raison !
- Noooon, c'est moi qui ai raison !
- Non c'est moi.
- Non c'est pas vrai.
- Si.
- Non.
- Si.
- Dis, c'est bientôt l'heure de l'apéro et puis y'a Les Ch'tis à Bagdad ce soir à la télé. On fait une pause ?
- Ouais t'as raison.
- TU VIENS D'ADMETTRE QUE J'AI RAISON ! J'ai gagnéééé !
- MAIS ! Ça compte pas t'as triché !



Le rôle des médias

On peut compter sur les médias pour convoquer tout leur savoir-faire :

 Oui, le traitement médiatique des guerres est sensiblement le même que celui des grèves

et nous offrir des analyses éclairantes : « L'ennemi est bête : il croit que c'est nous l'ennemi alors que c'est lui ! ».


Bref, 
la guerre c'est pas marrant. C'est fatiguant (on ne dort pas très bien sous les bombes), c'est dangereux et ça peut même faire très mal à tout le monde : aux gens, aux autres animaux, à la planète.
Et là, plein de bon sens vous vous dites : devant tant d'injustices, d'atrocités, de souffrances et de stupidité : mais pourquoi ?


Pourquoi la guerre ? 

Des clans se font la guerre principalement pour les raisons suivantes :


* Défendre un clan attaqué (le sien ou un autre)



* Pour des questions de territoires



* Pour imposer une religion



* Pour faire de l'argent



L'argent étant d'ailleurs la principale motivation pour déclencher une guerre, ou la faire durer :


Même si parfois, la population râle :



En résumé :



Oui, c'est même un peu le problème majeur de l'humanité.


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« Je hais violemment l'héroïsme sur ordre, la violence gratuite et le nationalisme débile.
La guerre est la chose la plus méprisable. »
Albert Einstein

samedi 5 juillet 2014

De la pratique du jeu vidéo à l'identité de « gamer »

J'ai commencé à jouer aux jeux vidéo durant mon enfance.
Je n'ai jamais vraiment cessé depuis.
Cela fait maintenant 30 ans que je joue aux jeux vidéo.
Et pourtant, jusqu'à il y a peu, je n'en avais absolument pas conscience.

Comment est-ce possible ?

C'est en me penchant sur ce sujet que j'ai (re)découvert la différence entre pratique et identité (liée à la notion de culture). Une différence qui est loin de n'apparaitre que dans les jeux vidéo, et qu'on retrouve dans de nombreux domaines comme la musique (écouter beaucoup de métal, est-ce être métalleux ?), le sport (faire beaucoup de vélo suffit-il à se considérer comme un sportif ?), ou même l'orientation sexuelle (on peut avoir des pratiques homosexuelles sans pour autant se reconnaître comme homosexuel-le).


La « révélation »

C'était un soir de décembre 2008. 
J'étais tranquillement en mode glandouille sur mon canapé, en train de jouer sur ma PSP. Mon compagnon arrive dans le salon, reste immobile quelques instants tandis qu'il me regarde, puis me dit quelque chose comme : 
- Mais tu joues tout le temps aux jeux vidéo en fait !
- Hein ? Mais non, je joue grave moins que toi.
- Moi je joue beaucoup sur PS3. Toi, si on cumule le temps que tu passes à jouer sur ta DS, ta PSP, ton PC, ton téléphone portable...
- Non mais le téléphone portable ça compte pas, c'est pas "des vrais" jeux vidéo...
- Pourquoi t'en as autant alors ? T'en as combien d'installés sur ton téléphone ?
- Je sais pas... (le déni est alors total ^^ après avoir vérifié j'en avais au bas mot une quarantaine)
- T'as combien de jeux sur le PC ? Rien que sur DS t'en as au moins une quinzaine, et pareil sur PSP. Sans déconner tu joues beaucoup, partout (« Et depuis longtemps » ajoute alors une petite voix dans ma tête), sur plusieurs supports, t'as plein de jeux, t'es un gamer.

Ah oui !
Mais... ?
NON.
Un bon gros "NON", d'environ 20 mètres de haut et pesant plusieurs tonnes. Taillé dans la roche.
Qui commençait pourtant à se fissurer sous l'assaut de souvenirs innombrables :

* les jeux électroniques, dès l'âge de 5 ans et durant des années ; et le plaisir que je prenais à battre mes propres records ou améliorer mes performances ;


* mes premiers jeux sur PC, qui ont mis pour toujours des étoiles dans mes yeux : Tetris, Battle Chess (sur lequel j'ai appris à jouer aux échecs), et Le Manoir de Mortevielle. J'y jouais sur l'ordinateur de l'école primaire, à l'hôpital (j'allais à l'hôpital tous les jours et j'étais scolarisée sur place). Le prof me confiait la clé de la classe chaque soir après les cours pour que je puisse jouer en attendant les ambulanciers qui me ramenaient chez moi (et à qui je demandais expressément d'être en retard pour pouvoir jouer plus longtemps ^^) ;

* mes premiers déboires de joueuse de jeu vidéo : le désespoir de perdre une sauvegarde (la SEULE fois où j'ai réussi à battre mon prof sur Tetris, la sauvegarde n'a pas fonctionné !, quelle injustice), et celui d'avoir changé d'école avant d'avoir terminé Le Manoir de Mortevielle (toutes les écoles devraient avoir des ordinateurs, et Le Manoir de Mortevielle installé dessus) ;

* les après-midi chez les cousins-cousines, voisins-voisines, potes du collège, pour jouer aux jeux vidéo : les uns étaient fans de Sega et avaient la Master System puis la Mega Drive, d'autres étaient fans de Nintendo et avaient la NES puis la Super Nintendo, ainsi même si nombre d'entre nous ne disposions pas de consoles de salon à l'époque (et encore moins d'ordinateur à domicile), on a tout de même pu jouer sur plusieurs supports ;

* le harcèlement l'insistance auprès de ma famille pour avoir la Game Boy à Noël, puis l'année suivante la Game Gear (et ses fameuses 6 piles pour 1h30 à 2h d'autonomie ^^ heureusement qu'on pouvait aussi la brancher sur secteur) ;

* l'émerveillement la première fois que j'ai allumé ma Game Boy pour jouer à Super Mario Land ; pareil avec ma Game Gear et Sonic ; je trouvais tout ça si beau, si fluide, si trop cool super youpi chouette génial ! ;

* l'émotion devant les musiques de Gargoyle's Quest et ses graphismes ; la découverte des combats aléatoires (et il y en avait beaucoup, le chemin entre chaque village ou donjon n'était pas de tout repos ^^) ;

* la joie quand j'ai enfin pu jouer à Castlevania : The Adventure, que j'attendais depuis des mois, économisant tous mes deniers pour me l'offrir ;

* ma profonde perplexité devant A Boy and His Blob : The Rescue of Princess Blobette quand je l'ai commencé ("Il faut nourrir cet ectoplasme avec des Tic Tac ? Really ?!"), puis mon enthousiasme après y avoir joué plusieurs fois (on s'attache vite à ce compagnon couteau suisse informe et souriant) ;

* l'argent de poche, des anniversaires... que j'économisais pour m'acheter (en cachette ^^) de nouveaux jeux vidéo, et les magazines JV de l'époque ;

* les discussions interminables au collège sur les sorties attendues, les soluces, les consoles sur lesquelles on bavait en lisant les tests dans les magazines, et tous les jeux vidéo qu'on s'échangeait ou qu'on se prêtait ;

* ce prof au bahut qui avait installé sur les ordinateurs de sa classe un jeu de plates-formes, avec lequel on pouvait notamment éditer ses propres niveaux ;

* un atelier en école primaire, où on entrait des lignes de code sur un logiciel informatique pour diriger un robot (en forme de coccinelle tortue, merci Juan pour la rectification !) et lui faire réaliser un dessin ;

* la fois où j'ai failli tuer mon cousin, car il a magnifiquement saboté un high-score que j'étais en train d'accomplir sur Buraï Fighter Deluxe ;

* la re-découverte des jeux sur PC en internat au lycée, grâce à des étudiants en informatique : Wolfenstein (je tentais, en vain mais systématiquement, de m'en sortir sans tuer les chiens ^^), Prince of Persia, Bomberman en réseau (ah, ces soirées à s'exploser mutuellement la tronche dans la joie et la bonne humeur), etc... ;

* le détour que je faisais systématiquement par une salle d'arcade ou un magasin de jeux vidéo quand j'en croisais ; le vendeur super sympa de Score Games qui m'avait accordée tout son temps, et m'avait conseillée Megaman : Dr Wily's Revenge que j'avais adoré ;

* ma première console de salon : la Playstation, puis la version PS One (que j'ai toujours) ; les Formula One, les Tekken, Resident Evil, Silent Hill, Rayman... ;

* le vide que j'ai ressenti, puis la tristesse, lorsqu'étant dans le besoin, je me suis résolue à vendre ma Game Boy Color et tous mes jeux Game Boy ; ça m'aura servi de leçon (amère) : plus jamais je n'ai revendu mes consoles et mes jeux ;

* l'acquisition, dès que j'ai pu, d'une PS One, d'une DS, d'une PSP, et de nombreux titres, alors que je n'avais pas vraiment de budget à y consacrer ;

* l'acquisition de non moins nombreux "jeux vidéo" sur mes téléphones portables successifs, même si pendant longtemps je ne les ai pas considéré (à tort) comme des jeux vidéo ;

* une foultitude de souvenirs, de sons (bruitages et musiques), d'images : Cool Spot, Mick and Mack as the Global Gladiators, les jeux LucasArts, Syberia 1 et 2, L'Amerzone, Postal 2 (on pouvait faire pipi sur les PNJ et les faire vomir !, quelle révolution !), Sanitarium, Neverwinter Nights, GTA San Andreas, Post Mortem, Runaway : A Road Adventure... et tellement, teeeellement d'autres ; tellement, teeeellement de temps passé à jouer aux jeux vidéo.

Et là, ça fait tilt.
(ah tiens, comme dans les jeux de pinball)
Oui, je jouais aux jeux vidéo. Et pas qu'un peu. En tout cas bien plus que je ne l'avais imaginé jusqu'à ce moment précis. Je ne jouais pas simplement aux jeux vidéo : ils faisaient partie de mon quotidien, de mon histoire, ils avaient accompagné mon évolution comme j'avais accompagné la leur. Je ne l'avais juste pas réalisé.



De la pratique du jeu vidéo à l'identité de « gamer »

D'un naturel à gamberger, j'ai commencé à chercher des réponses :
* Pourquoi n'avais pas percuté avant ?
* Pourquoi ce « NON », ce réflexe de déni quand on m'a considérée pour la première fois comme un « gamer » ?

Le gamer était pour moi une image précise, caricaturale et lointaine dans laquelle je ne me reconnaissais pas. Ma pratique du jeu vidéo, qu'en outre je sous-estimais grandement, ne suffisait pas à me définir, me reconnaitre en tant que gamer.



Le stéréotype du gamer

"Le gamer" (terme que j'utilise indifféremment pour les hommes et les femmes, car il est pratique : c'est un mot anglais neutre, on dit "a gamer", "the gamer", qu'il s'agisse d'un homme ou d'une femme) était pour moi, et c'est encore le cas pour de nombreuses personnes : un mec ou une nana qui passe tout son temps sur son PC ou sa console de salon (exit les consoles portables et les téléphones mobiles), ne joue qu'en multi à des Call of Duty, Street Fighter, ou à des MMORPG, participe éventuellement à des compétitions, et n'a que le jeu vidéo pour seul loisir et passion.

Et c'était pas du tout mon cas. Je joue le plus souvent sur console portable que sur console de salon ou PC ; je joue à trouzemille types de jeux vidéo différents (même si j'ai mes préférences, comme tout le monde) ; je déteste le multi, je ne joue jamais en multi sauf lorsqu'un jeu m'y "oblige" (comme les Animal Crossing : difficile d'obtenir tous les fruits sans passer par un échange avec d'autres joueurs), et j'aime par-dessus tout les périples de plusieurs heures en mode solo ; j'aime faire du high score contre moi-même, ou quelques courses ou combats contre des potes, mais je n'en ai rien à secouer des compèt' officielles ; et les jeux vidéo, bien qu'étant une part importante de mes activités et de mon intérêt, sont loin d'être ma seule occupation.

 Je suis aussi chef d'État.


La culture et la communauté « gaming »

Outre le stéréotype du gamer que j'avais en tête et dans lequel je ne me reconnaissais pas, un autre élément m'a empêchée de m'identifier en tant que joueuse de jeux vidéo : je ne faisais tout simplement pas partie de cette "communauté". Je ne lisais plus (ou très peu) la presse et les médias JV depuis longtemps ; je ne fréquentais pas de joueurs et joueuses affiché-e-s comme tel-le-s avec qui discuter de jeux vidéo ; je ne fréquentais pas davantage les forums ou sites internet dédiés ; je me tenais très peu au courant de l'actu JV (pour mes achats : je sais ce que j'aime, et n'ai pas de budget à consacrer à des "expériences vidéoludiques" pouvant se révéler décevantes) ; je n'allais jamais dans des salons ou conventions ou expos sur les jeux vidéo.

J'avais la pratique, l'expérience, mon histoire avec les jeux vidéo, mais pas tout le reste. J'avais pour ainsi dire une relation "privée", personnelle avec les jeux vidéo, mais j'étais étrangère à toute leur dimension sociale, culturelle et communautaire.
Je l'avais pourtant un peu connue durant l'enfance puis au collège, mais ce n'était pas à proprement parler culturel ou communautaire, et encore moins identitaire : on aimait juste (beaucoup) les jeux vidéo.

Et beaucoup aimer les jeux vidéo, beaucoup y jouer, ne suffit pas à appartenir de fait à la communauté gaming.
Une "communauté" ne se rassemble pas uniquement sur une pratique ou des goûts mais sur une culture commune : des médias, des "rituels" (aller chaque année en convention peut en être un), des codes (langagiers, vestimentaires), des lieux (bar gaming, local d'asso, conventions), des dates (l'anniversaire de tel jeu, telle console, tel créateur de personnage, tel journaliste JV), des évènements, des livres, des personnages, des musiques, des adaptations au cinéma, des pubs et slogans cultes, des produits dérivés, une histoire et un patrimoine, et le partage de tout ceci avec d'autres, c'est ça une culture, une "communauté".

Cela suppose donc d'être (inter)actif : on va dans un bar gaming, on va assister à un tournoi, on va consulter un topic de forum, on va regarder une chaine Youtube, on participe à un concours, on rédige un commentaire sous un test JV, on partage sur les réseaux sociaux des articles, images ou anecdotes, on achète un t-shirt ou un bouquin, on consulte l'actu JV, etc. Tout ceci nécessite un fort investissement personnel, qui va bien au-delà de l'investissement (déjà conséquent) consacré à la pratique du jeu vidéo.


Or cet investissement personnel dans l'acquisition de la culture JV, la fréquentation, l'appartenance active à cette communauté, présuppose de s'identifier en tant que gamer, ou tout du moins de prendre conscience que les jeux vidéo, le temps et l'argent qu'on y consacre, vont au-delà d'une pratique occasionnelle ou dilettante.
Si on ne se reconnait pas soi-même en tant que gamer, on ne fréquente pas ce milieu, on n'acquiert pas sa culture, et on ne devient pas gamer. S'identifier en tant que gamer est à la fois le point de départ et le résultat du processus.

Ce n'est que lorsque j'ai pris conscience de l'importance de ma pratique et de mon histoire personnelle, de mon vécu avec les jeux vidéo, que j'ai commencé à réfléchir, à questionner l'identité de gamer, à m'intéresser à l'univers des jeux vidéo, à sa culture, ses médias, son industrie, et in fine ce qui s'appelle une "communauté" (tout du moins au sens biologique du terme : l'interaction d'organismes vivants partageant un environnement commun).
Puis cette communauté JV, j'ai décidé de la découvrir et de m'y aventurer. Et c'est comme ça que j'ai débarqué.



Ces gamers hommes et femmes qui s'ignorent, et sont ignoré-e-s

Je pense que nombre de gamers s'ignorent. Et n'apparaissent ainsi pas ou peu dans les fameuses (fumeuses) statistiques concernant le nombre de joueurs, leur âge, leur sexe, etc. Il est probable que beaucoup de gamers, dont de nombreuses femmes, soient ainsi "invisibilisé-e-s" aux yeux de la communauté et de l'industrie du jeu vidéo.

Certes, on ne peut pas reprocher à ces "gamers de l'ombre" de préférer le mode Solo. Mais on peut souhaiter qu'ils ou elles quittent de temps en temps le confort de leur canapé pour pousser la porte d'une asso JV (coucou MO5), ou rejoindre la foule bigarrée des conventions et salons. IRL, le mode multi ça peut être sympa.

 Photo prise à Geekopolis.

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« Tu me dis, j'oublie. Tu m'enseignes, je me souviens. Tu m'impliques, j'apprends. »
Benjamin Franklin

lundi 5 mai 2014

Surveillance des médias : les chiens n'aiment pas les muselières

Tsunami d'indignation dans les médias : Jean-Luc Mélenchon appelle ses militants à surveiller et « filmer les agissements » des journalistes.

Si l'on n'apprécie guère l'homme, à qui l'on peut reprocher pêle-mêle de se montrer un tantinet désagréable, de faire des références plus que maladroites, limites et hasardeuses, de verser dans divers excès dont certains ont un léger parfum de paranoïa, et de délivrer des messages avec la délicatesse de Kratos un jour de migraine, faut-il pour autant s'indigner (oui, encore ; ce sera bientôt un esport) de ses récentes déclarations sur les journalistes ?
Et bien ce n'est pas sûr.
Du tout.


What are we talking about ? / Késkidi ?
« Je n'ai, à titre personnel, aucune envie de voir dans ma campagne le journal des publireportages sur les Le Pen qu'est Le Monde pointer ses petites pattes pleines de fiel. Qu'il reste à la maison ! », écrit l'ancien ministre. « S'il venait, ce serait pour jeter du venin, exciter les divisions ou se livrer à des provocations. »
Il s'agit d'un homme politique, en campagne électorale pour les prochaines élections européennes, et qui a parfaitement le droit de choisir quels journalistes il autorise ou non à accéder aux meetings ou réunions de campagne de son parti.
Par ailleurs, tous les partis le font, que ce soit dit ouvertement ou pas : certains journalistes recevront leur accréditation pour accéder à un évènement, et d'autres pas. Et ceci n'a absolument rien de nouveau, ni de scandaleux.

Il faut être bien naïf pour s'imaginer que la plupart des journalistes sont des "agents neutres" de la démocratie, dévoués corps et diners avec les membres du Siècle au "droit à l'information". Les conflits d'intérêts sont permanents, et les enjeux importants. Dans ce contexte, il est évident qu'un homme ou parti politique peut juger utile ou nécessaire de refuser de coopérer avec certains journalistes. Comme les journalistes devraient juger utile et nécessaire de ne pas coopérer avec certains candidats ou partis.






Audience record pour Le Grand Journal avec Marine Le Pen


Késkidi d'autre ?
« D'ailleurs, j'appelle mes amis à les surveiller de façon étroite et vigilante, à filmer leurs agissements, si possible, dès qu'ils les repèrent, qu'ils agissent à découvert ou qu'ils se cachent sous des faux noms. »
LE.
SCAN.
DALE.

Rendez vous compte ! 
Enquêter, photographier, filmer, C'EST LE TRAVAIL DES JOURNALISSS' ET DE LA POLISSS'.
Uniquement.
Domaines réservés.
Et puis ça se fait pas de piquer le boulot des autres, merde.



Go home journalists, you're drunk 

Chers amis journalistes,
(il est probable qu'il m'en restera peu à la fin de cet article ; mais je m'en fous de ne pas avoir d'amis, j'ai plein de pokémons)


vos conflits d'intérêts, tant au niveau personnel que professionnel, sont récurrents, et votre "indépendance" à l'égard des sphères du pouvoir plus que risible ;

vous réservez l'immense partie de vos pages et émissions au bipartisme UMP-PS, et à des propos, candidats et partis d'extrême-Droite ;

vos compétences, s'il fallait les évaluer, obtiendraient le label : bac à sable ;

tandis que, régulièrement, vous semez le doute et jetez le discrédit sur les trop rares journalistes qui font bien leur travail ;

vous n'avez de cesse de comparer les idéaux et les vrais militants de Gauche à des "extrémistes", et mettre sur le même plan ceux qui prônent l'anti-racisme et un parti d'extrême-Droite ne vous étouffe pas un seul neurone,


vous présentez même les problèmes de société les plus dramatiques en banals faits-divers, et véhiculez les plus odieux clichés ;

vous avez dévoyé le terme « démocratie », en lui retirant son essence philosophique et politique, et en les remplaçant par une bête logique comptable de la majorité ;

vous avez fait de même avec le terme « république » ;

(et vous prétextez un match de squash si on vous demande, sans préparation, d'expliquer la différence entre les deux) ;

globalement, vous estimez que fumer du shit et jouer aux jeux vidéo est plus grave que détourner des millions d'euros dans des paradis fiscaux, surtout si on touche le RSA ;

vous ne manquez pas de couvrir chaque affaire de fraude aux allocations, en prenant soin toutefois de ne jamais évoquer le fait que le non-recours aux prestations sociales est bien supérieur à la fraude ;

vous n'accordez quasiment aucun temps de parole ni espace médiatique aux luttes ouvrières, aux employés aux bas salaires, aux stagiaires, aux écologistes, aux paysans et éleveurs, aux handicapés, aux artistes, aux artisans, aux chercheurs, aux chômeurs, aux partis politiques, collectifs, associations ou syndicats porteurs de projets alternatifs ; 

et quand vous le faites : vous les faites passer pour des cons. Toutes les propositions et solutions envisagées sont balayées d'un revers de la main médiatique : ils sont nombreux nos "journalistes et consultants experts" à nous expliquer que ce que nous exigeons est "une utopie, irréaliste, irresponsable, trop cher, pas faisable, trop extrême". 

Parce que 10% de la population qui détient 86% des richesses et a à sa disposition les gouvernements, banques, armées, polices, et médias, c'est pas extrême peut-être.


Et vous vous attendez encore à être reçus par les organisations de Gauche et autres collectifs alternatifs la bouche en cœur ?

MAIS

VOUS

ÊTES

IVRES

?


Vous faites mine d'ignorer pourquoi certains d'entre vous sont boycottés, ou font l'objet d'une méfiance et d'une vigilance particulière ? Et vous vous en indignez ? 
Genre... sans déconner ?

Les journalistes français


Mais vous espérez convaincre qui, au juste ? À part les millions de con(s)citoyens plus naïfs à votre égard que Oui-Oui à sa première rave-party :



Ah, la liberté de la presse.
Celle-là même au nom de laquelle de grands reporters de guerre et journalistes militant pour la liberté d'expression meurent. 
Pendant que les nouveaux chiens de garde aboient.


Qu'on nous pardonne de tenter de leur mettre une muselière et une laisse.


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« La liberté de la presse, c'est le droit de dire ce que ne pense pas le propriétaire du journal à condition que ça ne gêne pas les annonceurs. »
Hannen Swafer

samedi 8 mars 2014

8 mars * Journée Internationale des Droits des Femmes – Ni Saint Valentin, ni Fête des Mères

La journée internationale des droits des femmes est célébrée chaque année – en France et dans de nombreux pays – pour commémorer les luttes féministes, rappeler leur actualité, et promouvoir l'égalité entre hommes et femmes.

Bref, la journée internationale des droits des femmes n'est ni la Saint Valentin, ni la fête des mères, ni la fête de la beauferie sauce girly si chère au cœur des services de marketing.

Cette journée est plutôt l'occasion de se souvenir que les droits des femmes, s'ils ont fait des progrès manifestes, peuvent aussi être violemment remis en cause. Qu'il s'agisse d'interruption volontaire de grossesse (certains n'hésitant pas à manifester contre ce droit), ou d'accès à un évènement :

Tweet de Jenny Collier


L'égalité entre hommes et femmes, si cela semble une évidence pour certain-e-s, est loin de toujours s'inscrire dans la réalité :

* inégalités salariales : à temps plein, les hommes gagnent 16 % de plus que les femmes. Tous temps de travail confondus, l’écart est de 31 % ;

* inégalités de revenus qui se poursuivent à la retraite : les femmes qui ont exercé une activité professionnelle perçoivent une retraite de base inférieure de 21 % à celle des hommes. Tous régimes confondus, cet écart est de 42 % ;

* dès l'enfance, puis à l'âge adulte, les inégalités entre garçons et filles sont consacrées et transmises notamment au travers des jouets, des livres jeunesse, des jeux vidéo, de la télé., de la politique... Pire, la tendance gagne du terrain : le marché du sexisme se porte bien.


Hommes et femmes sont, tout récemment, égaux face au chômage – merci la crise.
Hommes et femmes sont aussi égaux face aux vols avec violences, menaces, et injures – on progresse, on progresse...
Mais dès qu'il s'agit d'agressions sexuelles, de harcèlement de rue, d'exhibitionnisme, de gestes déplacés, de mutilations sexuelles, de viols, de mariages forcés, de violences au sein du couple..., les femmes reprennent la tête du classement – en tant que principales victimes :

* les femmes subissent presque trois fois plus de violences sexuelles que les hommes (1,3% contre 0,5%) ; 16% des femmes et 5% des hommes déclarent avoir subi des rapports sexuels forcés ou des tentatives de rapports forcés au cours de leur vie ; en 2011, sur les 4 983 viols, 3 742 viols ont été commis à l’encontre de femmes et 432 contre des hommes. Parmi ces viols, 906 sont des viols conjugaux commis contre des femmes et 179 contre des hommes. ;

* elles sont deux fois plus victimes d'exhibitionnisme (2,9% contre 1,2%) ;

* elles sont trois fois plus visées par des gestes déplacés (4,3% contre 1,5%) ;

* en 2011, une femme est décédée tous les 3 jours, et un homme tous les 15 jours, victime de son partenaire ou ex-partenaire de vie ;

* ont été commis également, au sein du couple, 100 tentatives d’homicide contre une femme et 44 contre un homme ;

* sur les 62 406 faits constatés de violences non mortelles commises par un-e conjoint-e ou ex-conjoint-e, 49 774 l’ont été contre des femmes et 12 632 contre des hommes.

Sources :
- l'Insee
- le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes


On est donc BIEN LOIN d'une « journée de la femme » rimant avec fleurs, bijoux, compliments, coupons de réduction et séance de shopping. Il s'agit en réalité d'une journée internationale des droits des femmes, marquant les nécessaires combats pour l'égalité, et la diversité des femmes – et hommes – qui les mènent.

Combats qui ne sont pas de tout repos... Alors si, en ce jour particulier, vous tenez absolument à nous faire un petit cadeau, voici une suggestion :



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À consulter :
* 8 mars : y a-t-il quelque chose à célébrer ? 
* Journée internationale des droits des femmes : le 8 mars, c'est toute l'année ! 
* On a parlé IVG, plaisir féminin et manif pour tous avec Benoîte Groult
* Inégalités hommes-femmes : les leurres du 8 mars  

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« Chacun cherche sa route ; nous cherchons la nôtre et nous pensons que le jour où le règne de la liberté et de l’égalité sera arrivé, le genre humain sera heureux.  »
Louise Michel

mercredi 19 février 2014

Sexisme et espace de parole : bon alors qu'est-ce qu'on fait ?

Grâce à Twee-Q, La Manif pour Tous est un exemple à suivre en matière d'antisexisme, et le Front National est semble-t-il un repaire de féministes radicales.

N'EMPÊCHE.
Le sexisme n'est pas (qu') une légende urbaine, et il est VRAI qu'en moyenne, les hommes occupent plus le temps de parole que les femmes. Un chiffre qui revient régulièrement, bien que sa source soit un peu éparpillée dans les limbes de l'espace-temps, c'est 70% (plusieurs études confirment des résultats à peu près similaires).
Ça veut dire que dans une assemblée mixte, composée "à égalité" d'hommes et de femmes, les hommes occupent environ 70% du temps de parole. Et non seulement ils parlent plus, mais ils coupent aussi plus la parole aux femmes. Ce qui serait anecdotique si ce n'était si récurrent, et pérenne dans le temps. 
Bigre, serait-ce une manifestation de sexisme ? Mais oui on dirait bien.

Comment le combattre – sans Twee-Q et sans chronomètre pour assurer une stricte parité ?
C'est trop fastoche. Si.


Premier point : prendre conscience du problème

En soirée, au café, au boulot, à l'école, à la fac, en famille, dès lors que plusieurs personnes de tous sexes / genres confondus sont réunies, observez. 
Et tel Saint Thomas, vous verrez et vous croirez. 
Sauf si votre environnement familial, professionnel et amical est uniquement constitué d'antisexistes hors-pairs et de hippies pour qui la parole de chacun-e est sacrée et où tout le monde s'exprime librement et simplement. Auquel cas on ne vous félicite pas, vous mettez toute notre propagande alarmiste par terre. AH BEN BRAVO.
Mais si vous évoluez dans un environnement normalement sexiste (j'aime beaucoup jouer avec les concepts), vous constaterez qu'effectivement les hommes prennent plus la parole, parlent plus longtemps (on n'a pas stipulé que c'était nécessairement intéressant d'ailleurs), et coupent plus facilement la parole aux femmes.
Que faire ?



Femmes : « bouge ton cul grognasse »

Confronté à l'adversité, un être vivant n'a souvent que deux options : vaincre ou périr.
Femme, tu n'échappes pas à la règle. BOUGE TON CUL. Ou tu périras dans les flammes de l'enfer de la minorité des 30% qui occupent le temps de conversation.

Si tu attends gentiment qu'on te donne la parole au nom de la petite chose fragile que tu es (supposée être), comme on nous apprend à attendre le prince charmant qui viendra nous délivrer de notre donjon, tu vas attendre longtemps. Mais genre longtemps, quoi. Looooongtemps. Et on n'a pas le temps. La vie, ça file à une vitesse...

Ne sois pas toujours si discrète : la vie n'est pas un jeu d'infiltration, allons donc. Arrête de longer les murs et de te recroqueviller dans ton pull comme un Bernard l'Hermite.

Et prends la parole, n'hésite pas. Histoire de ne pas passer pour une parfaite idiote, assure-toi tout de même d'avoir un truc intéressant ou drôle à dire. Si, ça peut être bien, vraiment. Le genre de petit détail qui fait la différence entre optimiser ou flinguer une vie sociale.

Ne te laisse pas couper la parole. Si ça arrive, reprend-la. Arrache-la s'il le faut, même (c'est une image bien sûr, ne va pas risquer 20 ans de taule parce que tu prends tout au 1er degré, ce serait dommage). Poliment si y'a moyen, et si y'a pas moyen... vas-y à la barbare : coupe à ton tour la parole de celui qui te l'a prise, et avant de reprendre ton propos là où tu en étais, notifie-lui clairement que ce n'est pas un comportement que tu tolèreras à l'avenir.



Hommes : « reste tranquille p'tit con, et sois gentil avec la dame »

Homme, que tu sabotes volontairement le temps de parole des femmes parce que t'es rien qu'un gros con machiste, ou que tu le fasses involontairement par "imprégnation au milieu" sexiste ambiant, arrête. Arrête de t'étaler dans l'espace de conversation, arrête de couper presque systématiquement la parole aux femmes (oui, même pour dire un truc gentil ou une super blague, arrête).

Ce n'est guère difficile : tourne 7 fois ta langue dans la bouche avant de couper la parole à une femme, et mords-la (ta langue, pas la femme. Ou si, mais avec son consentement).
Et médite là-dessus : « Mieux vaut fermer sa gueule et passer pour un con que l'ouvrir et ne laisser aucun doute à ce sujet. » Est-ce que tu es vraiment obligé d'ouvrir la bouche, là, tout de suite ? Est-ce que ce que tu as à dire est siiiii important ou vital pour le destin de l'humanité que tu te crois autorisé à interrompre le propos d'une collègue, amie, cousine, voisine ? Si la réponse est non, abstiens-toi. Une fois sur deux, c'est déjà pas mal.

En outre, si tu veux te montrer civilisé et respectueux et féministe et sentir bon des dessous de bras (t'as envie de serrer, oui voilà), tu peux aussi veiller aux points suivants :

* inciter, inviter les personnes de sexe féminin à participer à la conversation ;

* leur donner la parole, au moyen d'un subtil « Et toi Martine t'en penses quoi ? Hein Martine ? »

Elle va être contente Martine. 
Et qui sait ? À force d'entrainement, elle deviendra peut-être une vraie professionnelle de la tchatche.



Gare à l'excès de zèle

L'acquisition de nouveaux (super) pouvoirs peut devenir grisante ; enivrée par une force nouvelle, la femme qui découvre l'anti-sexisme ou le féminisme, et les joies du reprenage de parole en mode Tonya Montana, peut devenir un tyran sanguinaire. Et passer du cliché de la jeune femme (trop) douce et (trop) discrète au cliché de la harpie hystérique. 
Femme, rien ne t'es dû sur la seule base du fait que tu sois une femme. Tu es un être humain comme les autres, et tu te feras envoyer bouler comme n'importe qui d'autre si tu fais chier le monde. Oui, la vie c'est dur parfois.

Quant aux hommes, nouvellement (in)formés sur les problématiques sexistes, il peut leur arriver d'être pris dans une guimauve poisseuse, magma purulent de culpabilité et de peur de mal faire. C'est souvent là... que toi l'homme, tu en fais trop. Trop, beaucoup trop. L'excès de zèle des nouveaux convertis. 
Au nombre des idées de merde auxquelles tu peux penser, le plus souvent sur suggestion d'une rad' fem' croisée sur Twitter ou Facebook (internet c'est dangereux) ou d'un sympathisant aspirant preux chevalier : ne plus retweeter d'hommes pendant un an... (il faut avoir lu ceci pour comprendre), donner la parole en premier aux femmes, ou leur donner la parole plus longtemps. 

Là, je vais la jouer égoïste qui prêche pour sa paroisse, mais une précision s'impose : une femme n'est PAS une personne handicapée. Une femme n'est pas prioritaire (sauf en cas d'évacuation d'un paquebot faisant naufrage, éventuellement) ni n'a besoin de tiers-temps. 
Inutile également de te mettre à pisser assis. Si si, j'insiste, c'est inutile. Sauf si c'est ton truc, bien sûr.


L'idéal antisexiste – mais si, il existe  

L'idéal, le but à atteindre, le Saint-Graal de l'antisexisme, c'est qu'au final : on s'en foute – éperdument – que vous soyez une femme ou un homme.
Prenez la parole si vous en avez envie, ne la prenez pas si vous préférez écouter (ou si vous vous remettez difficilement de la cuite de la veille), soyez plus discret ou discrète qu'un ninja, ou moins délicat-e qu'un troupeau de gnous lancés à vive allure car poursuivis par Godzilla, et ceci que vous soyez un homme ou une femme.

Ne vous sentez pas obligé-e de devenir différent-e uniquement pour ne pas être "un stéréotype" ou faire plaisir à votre grand-mère qui brula son soutien-gorge dans sa folle jeunesse (oui, comme le temps passe). Mais ne vous sentez pas obligé-e d'être odieusement sexiste par tradition non plus, hein.

Ce qui nous intéresse, ce qui doit nous intéresser, c'est votre personnalité, ce que vous avez à dire, votre manière d'être, et éventuellement votre 06. Le reste – le fait que vous soyez un homme ou une femme, votre couleur de peau, ou la forme de vos cheveux – on s'en tamponne le coquillard comme de l'an 40 après la bataille du Mordor.
Et en fonction de qui vous êtes, et non de ce que vous êtes, on vous aimera, ou peut-être qu'on vous détestera, comme n'importe qui d'autre. Que vous soyez un homme ou une femme, noir ou blanc, jeune ou vieux. 
Elle est là, l'égalité.


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« Le mieux est le mortel ennemi du bien. »
Montesquieu