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mardi 31 octobre 2017

"Beyond Stranger Things", Harvey Weinstein ? Le consentement des enfants acteurs

La saison 2 de Stranger Things à peine arrivée et sitôt regardée, il est tentant de prolonger l'aventure avec le documentaire Beyond Stranger Things, où les créateurs de la série (les frères Duffer), producteur (Shawn Levy) et acteurs sont invités par Jim Rash à confier au public diverses analyses, coulisses et anecdotes de tournage. JUSQU'ICI TOUT VA BIEN.

Ou pas, car les interviews sont mal menées, ça part en tous sens et ça papote de la pluie et du beau temps (un gamin se mouche, ou joue avec un dé, et c'est parti pour cinq minutes de hors-sujet ; sur un épisode de 20 à 25 minutes ça fait beaucoup), c'est globalement assez inintéressant, et on découvre que la plupart des acteurs et l'équipe de production et de création ont rarement discuté de la série ensemble (ils parlent de quoi sur les tournages ?). Mais laissons de côté ces considérations.

Une chose est passée inaperçue dans cet aftershow. Passée inaperçue alors qu'elle était le sujet même de la conversation que tenaient les protagonistes du show. Passée inaperçue dans tous les articles que j'ai pu lire jusqu'ici sur Beyond Stranger Things.
Cette chose passée inaperçue, c'est le consentement.


Dès la quatrième minute de Beyond Stranger Things, une "anecdote" est révélée.
Sadie Sink (qui interprète Maxine) n'était pas sensée embrasser Caleb McLaughlin (Lucas Sinclair), ce n'était pas dans le scénario. C'est Finn Wolfhard (Mike Wheeler) qui l'a suggéré, pour "embêter" Caleb et Sadie. Matt Duffer a dit oui, transformant une "blague" d'ados (pas très marrante) en contrainte professionnelle sur son actrice, non consentante, âgée d'à peine 15 ans alors.

Cette "anecdote du bisou" (quelle dénomination charmante pour désigner une réalité qui l'est bien moins) est évoquée plusieurs fois, et à aucun moment personne autour de la table, enfants comme adultes, n'entend le NON de Sadie.
Elle le formule pourtant clairement !

Mise au courant la veille, elle angoisse. Millie Bobby Brown qui partageait sa chambre la "taquine" et lui demande si elle a hâte. Sadie rétorque (Millie Bobby Brown raconte la scène et imite Sadie, visage déconfit et bouche tremblante) : « Millie, je.. Je ne veux pas y penser. Ça n'arrivera pas. Je vais sûrement danser et c'est tout. »

Arrive le moment de tourner la scène : les exigences du tournage obligent Sadie à recommencer plusieurs fois. Elle a bien du mal à se prêter au "jeu", ce dont Millie Bobby Brown se moque en mimant Sadie faire des bisous rapides et peu convaincants.

Deuxième épisode de Beyond Stranger Things, vers la 18è minute, Sadie donne son témoignage. Je recopie tels quels les sous-titres fournis par Netflix :
Jim Rash : Raconte-nous.
Sadie : Ce n'était pas dans le scénario.
Shawn Levy : C'est vai.
Sadie : Le premier jour de tournage du bal, avec Noah (interprète de Will Byers) on regardait les décorations. L'un de vous, Ross je crois, a dit "Prête pour le bisou ?" "Quoi ? Non ! Pas question, c'est pas dans le scénario." J'étais stressée toute la journée. Je vais...
Caleb : C'est si horrible ? (pause) Je comprends que tu sois stressée.
Sadie : Non je me disais "Ça va arriver ou non ?" Ça s'est passé le second jour du tournage du bal.
Duffer : Tu as tellement dramatisé. C'était une blague. Tu étais en panique, ça m'a incité à le tourner.
Sadie : C'est ma faute ?
Duffer : Oui.

Moi : 

Pendant que l'angoisse et le refus de Sadie amusent la galerie, et incitent même l'équipe à insister pour tourner cette scène, le consentement de Caleb est lui parfaitement clair : « Caleb n'arrêtait pas de sourire. Ça plaisait à Caleb. Caleb était prêt. »

Oui mais c'est une actrice, c'est son travail
Non. Aucune carrière, aucun emploi ne vous dépouille de vos droits, et refuser d'embrasser quelqu'un en est un. Aucun job, fusse-t-il grassement payé, ne fait sauter l'évidente et nécessaire notion de CONSENTEMENT.
Une actrice, pas plus qu'une prostituée ou une porno star, n'est obligée de se soumettre à une pratique ou d'accepter un client si elle n'est pas d'accord. Leur travail consiste à fournir une prestation, pas à accepter sans broncher tout ce qu'on leur demande. C'est curieux comme l'objection de conscience parait évidente dans le domaine médical, mais le consentement bien moins en d'autres circonstances.

Revenons à ce "travail d'enfant acteur", et gardons en mémoire que ce sont des enfants, justement. Ils n'ont ni l'expérience ni la maturité affective et sexuelle d'adultes. Je trouve assez grave qu'on fasse vivre de telles situations, qui ont un impact sur la vie réelle, intime, privée, à ces jeunes gens et tout ça sans filets, sans conseiller psy ni rien.
Sadie : C'est dur de faire un premier baiser devant 200 figurants. Et leurs parents, l'équipe, et ma mère.
Duffer : Et devant bien plus de gens. (les spectateurs)
Sadie (qui réalise tout juste) : Oh my god.

Dans le troisième épisode de Beyond Stranger Things, vers la 18è minute, l'un des frères Duffer évoque une toute autre scène. Celle où Dustin Henderson (interprété par Gaten Matarazzo) se prend râteau sur râteau au bal d'hiver, et finit seul pleurant dans son coin.
Duffer : On faisait un zoom sur toi avec la musique qui passe, et j'ai vu que notre machiniste, un dur avec une crête, pleurait. (...) Ce regard est tellement déchirant. Plein de spectateurs de la série vont s'identifier avec ce moment (...) on reste seul dans son coin, c'est dur.

Quelle empathie !
Je vous rappelle qu'auparavant il a jugé "drôle" d'obliger une jeune fille de 15 ans à embrasser un garçon contre son gré, devant des inconnus et sa famille, devant des caméras. Mais un garçon qui se prend des râteaux et finit seul au bal, ça en revanche ça lui déchire le cœur. Évidemment.
Évidemment, car lui même s'identifie à ce personnage.
Le problème est qu'aujourd'hui encore, de trop nombreuses femmes et adolescentes s'identifieront à Sadie. Il y a bien pire que de finir seul au bal : subir des contacts intimes contre son gré. Mais peut-être faut-il être une femme, ou un homme plus intelligent et empathique que la moyenne, pour le comprendre.

Oui je parle de "moyenne", car j'ai lu un tas d'articles sur Beyond Stranger Things, guetté et lu énormément de tweets, et je n'ai trouvé aucune réaction à l' "anecdote du bisou (forcé)".
On a donc une adolescente d'à peine 15 ans, contrainte par ses "amis" et son patron à embrasser pour la première fois et contre sa volonté un garçon, qui a signifié plusieurs fois et clairement son refus, a manifesté physiquement sa détresse (stress, angoisse, regard inquiet, bouche tremblante, tentative de minimiser le contact physique en faisant le "bisou" le plus rapidement possible), à qui on a demandé de rejouer la scène plus d'une dizaine de fois, devant 200 inconnus ainsi que des membres de sa famille. Pendant ce temps je lis qu'Harvey Weinstein et d'autres "sont des porcs" mais que l'aftershow Beyond Stranger Things c'est vraiment super bien. 
Et qui propose l'aftershow Beyond Stranger Things où on se marre bien en racontant comment on a forcé la main à une jeune fille pour qu'elle embrasse un garçon ? Netflix.


mercredi 6 août 2014

FEMEN : ces femmes nues qui dérangent

Il est de bon ton de critiquer les Femen.
Comme il est de bon ton de critiquer les grévistes, les cheminots, les profs ou les intermittents du spectacle, ces "privilégiés" (qui mangent des pâtes Carrefour Discount, pendant que d'autres... non, rien).

On peut faire des reproches au mouvement Femen, comme on peut critiquer tout mouvement, qu'il soit politique, social, culturel, philosophique, syndical...
Moi-même, je leur reproche leur position anti-pornographie et anti-prostitution.
Bref : on peut critiquer le cadre théorique ou idéologique, on peut critiquer les méthodes de lutte ou d'action. Mais encore faut-il savoir de quoi on parle : or, ce n'est pas le cas de la plupart des personnes qui émettent ces critiques.

Voici les reproches les plus fréquents qui leur sont faits, liste non exhaustive : une brève recherche Google démontre que les articles de sites / billets de blogs qui leur sont consacrés sont très majoritairement négatifs à leur encontre. On pourrait d'ailleurs interroger le pourquoi de ce bûcher médiatique alimenté par l'opinion publique : au 21ème siècle, force est de constater que le corps nu ou à demi-nu des femmes continue d'alimenter les plus vieux réflexes de rejet.


« Les Femen sont violentes »

Violentes, les Femen ?
Une poitrine nue c'est violent ?
Un slogan peint sur les seins ou le ventre, c'est violent ?
Des cris, c'est violent ?
Taper sur une cloche avec un objet recouvert de mousse c'est violent ?
Brandir des pancartes c'est violent ?

Ce qui est violent, c'est la réponse disproportionnée qu'elles reçoivent en retour : coups, gaz lacrymo, dents cassées. Ce qui est violent, c'est le dénigrement permanent dont elles font l'objet, dans les médias, dans les commentaires, sur des forums, sur les réseaux sociaux. Ce qui est violent, c'est la répression, les menaces et autres harcèlements dont elles sont victimes. 

Ce qui est est violent, c'est que les gens ne savent plus faire la distinction entre ce qui est violent et ce qui ne l'est pas. 
* Violence : de quoi parle-t-on ? Est-ce la violence qui croît dans la société, ou notre sensibilité envers elle ?

Ce qui est violent, c'est le traitement particulier, et particulièrement sexiste, de la violence lorsqu'elle est employée par femmes.

Car la violence des Femen n'est que symbolique : les Femen sont dans l'action pacifiste ; elles prennent des coups, elles n'en donnent pas.


« Les Femen s'attaquent aux religions »

Oui, et alors ?
Les religions ne sont sacrées et intouchables que pour ceux et celles qui les considèrent comme telles, ce n'est pas une vérité universelle et absolue, encore moins une obligation. Nous avons le droit de blasphémer. Nous avons le droit de critiquer les religions. La "profanation" de "lieux saints", "salir des lieux de culte" n'est pas un vocabulaire républicain.

* La profanation, c’est la basilique du Sacré-Cœur, pas les tags
« Profanation ». Tous utilisent ce mot. Pas délit, pas vandalisme, pas dégradation : profanation. Soit un rapport au sacré. (...) Le fait religieux est posé comme une évidence, et pas question de rappeler que si l’action publique organise la libre expression religieuse, elle ne reconnaît rien.


Enfin, quand on se préoccupe sérieusement de féminisme, la critique de la religion est inévitable.
* Femen : « Là où commence la religion s’arrête le féminisme »
« l’un des principaux messages que nous essayons de faire passer à travers notre combat est que la religion, et donc l’Église, répand des valeurs misogynes. Je crois que là où commence la religion s’arrête le féminisme. »
Ce rapport de confrontation à la religion fait partie intégrante du mouvement Femen, qui se revendique féministe, athée et "religiophobe" :
« Le féminisme et la religion ne peuvent pas co-exister (...) Nous sommes athées ! Et nous avons le droit de dire que vos dieux, on les emmerde ! »

« Les Femen sont racistes »

Car les religions sont des "races", évidemment...


Passons sur l'escroquerie intellectuelle devenue habituelle : critiquer l'islam => critiquer les arabes (car ils sont tous musulmans, bien sûr) => islamophobie = racisme, et attardons-nous sur ce qui est vraiment rigolo dans cette histoire : ces accusations de racisme sont, pour l'essentiel, portées par Rokhaya Diallo (association Les Indivisibles), Les Indigènes de La République, ou leurs soutiens (et autres fans de Kémi Séba et nostalgiques de La Tribu Ka) :


à savoir des gens qui sont les premiers à déshonorer l'antiracisme :
* Les "Y’a bon Awards" déshonorent l’antiracisme
« Hélas, le but de Rokhaya Diallo et de son association (Les Indivisibles) n’est pas de militer contre le racisme… Mais de combattre les antiracistes ayant le tort, à leurs yeux, de défendre la laïcité. Pour proposer un autre modèle, basé sur les statistiques ethniques et la laïcité « ouverte », aux religions et même à l’intégrisme. »
A-t-on accusé les Femen de "racisme" lorsqu'elles ont découpé une croix à la tronçonneuse ? Non. Les accuser de "racisme" lorsqu'elles s'en prennent à d'autres religions n'a guère davantage de sens.
* Inna Shevchenko : « Je ne suis pas islamophobe mais religiophobe »


« Les Femen sont toutes jeunes et belles »

Un bien étrange reproche ! Les femmes n'auraient-elles pas le droit d'être jeunes et belles ?
* Ces femmes jugées trop belles pour travailler

Et un reproche non fondé :
* En France, les Femen bousculent le féminisme :
On leur reproche d’être jeunes et belles, de ne pas avoir dans leurs rangs de filles moins avenantes ? Cela fait bondir Marguerite qui renvoie aussitôt la balle dans le camp des médias : « Mais ce sont eux qui choisissent de photographier celles qui correspondent à ces critères. Lors de notre action contre Civitas, par exemple, il y avait des filles plus rondes et moins jeunes, mais on ne les a pas vues sur les photos… ».
* Femen ou le féminisme mis à nu :
Sur 300 membres, elles sont vingt à manifester dénudées. La plus jeune a 16 ans et la plus âgée 64.



« La nudité et la provocation donnent une mauvaise image des femmes / du féminisme »

Petit rappel :

* Féminisme : des suffragettes aux Femen en passant par Simone de Beauvoir
« Mais depuis sa naissance, le mouvement féministe a souvent choqué les esprits. Et la provocation a souvent servi d'arme politique pour interpeller les pouvoir publics, du Manifeste des Salopes de 1971 aux "slutwalks" (marche des salopes) de 2011. D'Olympe de Gouge aux "sextrémistes" venues de l'Est en passant par les suffragettes et Simone de Beauvoir »
* Le féminisme en action : bien avant les Femen
« Coups d’éclats, initiatives spectaculaires, ruptures ostensibles par rapport aux conventions de l’ordre établi, tout cela ne date pas d’hier »
* « Mon corps est une arme », des suffragettes aux Femen (lien de secours)
« Les Femen, en avançant l’idée que leur corps est une arme, forcent l’attention sur le rôle du corps et de sa représentation dans le répertoire de l’action militante. Or les femmes n’ont pas un égal accès à ce répertoire qu’il s’agisse de moyens traditionnels (grève, manifestation, rassemblement, meeting...) ou pas. »

« Ce que font les Femen est inefficace, contre-productif » 

C'est vrai que défiler de République à Nation en écoutant les camions de la promenade manif qui crachent du Zebda, voter tous les 5 ans ou signer des pétitions en ligne c'est teeeeellement efficace...
Les méthodes militantes dites "extrêmes" font leurs preuves. Peu d'acquis sociaux et de droits n'ont été conquis qu'en philosophant.

Enfin, rappelons – oui, encore – que la violence des Femen est symbolique, et s'inscrit dans l'utilisation de méthodes qui ne sont pas inconnues du militantisme et du féminisme :
« Leurs actions spectaculaires sont essentiellement utiles pour attirer l'attention des médias. Si l'on analyse la longue histoire du féminisme, les militantes qui ont eu recours à ce type d'actions ont été médiatisées. Les Suffragettes anglaises se sont enchainées au Parlement, elles ont cassé des carreaux et même mis le feu à des bâtiments publics ! »

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« La révolte, c’est aussi le miroir de l’incompréhension des autres. »
Régine Deforges

samedi 31 mai 2014

Pour cet hôpital de Toronto, la religion est... peut-être dans le pancréas ?

Pour le Lakeridge Health, un centre hospitalier canadien, la religion... c'est pas dans la tête. Je n'oserais mettre en doute la parole de scientifiques : une équipe de chercheurs en pointe dans le domaine des sciences neuro-cognitives a très certainement publié une étude démontrant que le siège de la pensée se trouve non pas dans le cerveau, mais dans le pancréas. Ou dans le bras, comme le nazisme.


« Ce qui nous importe n'est pas ce que vous avez sur la tête, 
mais dans la tête »

Et bien figurez-vous que justement, ce qu'ont les gens dans la tête m'intéresse beaucoup aussi. Et ma baguette magique me dit que ce que cette femme a sur la tête n'est pas totalement étranger à ce qu'elle a dans la tête.
À savoir : des convictions religieuses.

Qui sont discutables. 

Car, comme dans toutes les religions, les lois de Dieu sont supérieures à celles des êtres humains. Pas très autogestionnaire ni même démocrate, tout ça. Ni très pratique pour y opposer des arguments, capables d'égaler la parole divine.

Car, comme dans toutes les religions, du moins les trois principales religions monothéistes que sont le judaïsme, l'islam et le christianisme, les hommes et les femmes ont des fonctions et des rôles différenciés, "naturalisés", prédéfinis (par Dieu, ou par "la nature" qui est ici considérée comme l'œuvre de Dieu, ce qui revient au même). Autrement dit : du sexisme.

Car, comme dans les trois principales religions monothéistes, le rejet de l'homosexualité et des droits des personnes homosexuelles est courant.



Car, comme dans les trois principales religions monothéistes, l'avortement n'est pas autorisé (ou dans des délais si courts qu'ils rendent quasiment impossible toute interruption volontaire de grossesse), il est même parfois sévèrement condamné. Et l'usage de contraceptifs n'est pas toujours encouragé, loin s'en faut.

Car, comme dans les trois principales religions monothéistes, les femmes – et tout particulièrement leur corps, ainsi que leur "image" ou leur "réputation" – sont l'objet non pas de toutes les attentions, mais de toutes les obsessions : les femmes se doivent d'être pudiques (pudibondes, pour être précise), de couvrir leur poitrine, leurs cuisses, leurs mollets, leurs bras, leurs mains, leurs cheveux ou leur visage ; elles doivent aussi se montrer réservées (surtout en présence d'hommes), et sur elles repose le devoir de ne pas "exciter" les hommes, ni défier leur statut ou leur autorité (en particulier s'il s'agit de leur époux). 
Si le port du voile était uniquement un signe (extérieur) de dévotion envers Dieu, un acte de foi, alors pourquoi les hommes ne portent-ils pas le voile aussi ?



Stop this bullshit

Le voile n'est pas qu'un bout de tissu sur la tête. Il est l'émanation directe de qui se trouve dans cette tête. Le siège de la pensée et de la conscience, autrement dit du sens moral et des valeurs, de ce qu'on adore ou abhorre, ne se trouve pas ailleurs – quoi que prétende l'affiche de Lakeridge Health.

En outre, juger les gens sur ce qu'ils ont dans la tête, notamment leurs convictions politiques, sociales et religieuses, c'est selon moi bien plus pertinent et profitable aux évolutions sociales que juger autrui sur sa couleur de peau, de cheveux, la forme de son nez, ou son signe astrologique. J'ajoute que l'athéisme, y compris militant, n'est pas moins respectable et "sacré" que les croyances religieuses, dont citoyens bien-pensants, médias et politiciens nous rabâchent régulièrement que tout respect leur est dû (cf. par exemple : La profanation, c'est la basilique du Sacré-Cœur, pas les tags).



Enfin, si l'on se passerait volontiers de politiciens et militaires :




on se passerait bien, et tout aussi volontiers, des religions et de leurs guerres (petite, et récente, rétrospective : 30 ans de guerre au nom de Dieu).

Je ne prétends ÉVIDEMMENT PAS que tous les croyants, et même les plus rigoristes, sont de dangereux fanatiques ascendant psychopathe, dont l'idéal de société serait un vaste champ empli de corps de femmes lapidées, condamnées à mort pour apostasie, ou décédées des suites d'une excision, et peuplé d'innombrables arbres aux branches desquels seraient suspendus par les pieds et battus des délinquants présumés coupables.

Je prétends uniquement que la religion... est un pénis. Si, plus ou moins environ à peu près.



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« Mon pays est le monde, et ma religion est de faire le bien. »
Thomas Paine

samedi 8 mars 2014

8 mars * Journée Internationale des Droits des Femmes – Ni Saint Valentin, ni Fête des Mères

La journée internationale des droits des femmes est célébrée chaque année – en France et dans de nombreux pays – pour commémorer les luttes féministes, rappeler leur actualité, et promouvoir l'égalité entre hommes et femmes.

Bref, la journée internationale des droits des femmes n'est ni la Saint Valentin, ni la fête des mères, ni la fête de la beauferie sauce girly si chère au cœur des services de marketing.

Cette journée est plutôt l'occasion de se souvenir que les droits des femmes, s'ils ont fait des progrès manifestes, peuvent aussi être violemment remis en cause. Qu'il s'agisse d'interruption volontaire de grossesse (certains n'hésitant pas à manifester contre ce droit), ou d'accès à un évènement :

Tweet de Jenny Collier


L'égalité entre hommes et femmes, si cela semble une évidence pour certain-e-s, est loin de toujours s'inscrire dans la réalité :

* inégalités salariales : à temps plein, les hommes gagnent 16 % de plus que les femmes. Tous temps de travail confondus, l’écart est de 31 % ;

* inégalités de revenus qui se poursuivent à la retraite : les femmes qui ont exercé une activité professionnelle perçoivent une retraite de base inférieure de 21 % à celle des hommes. Tous régimes confondus, cet écart est de 42 % ;

* dès l'enfance, puis à l'âge adulte, les inégalités entre garçons et filles sont consacrées et transmises notamment au travers des jouets, des livres jeunesse, des jeux vidéo, de la télé., de la politique... Pire, la tendance gagne du terrain : le marché du sexisme se porte bien.


Hommes et femmes sont, tout récemment, égaux face au chômage – merci la crise.
Hommes et femmes sont aussi égaux face aux vols avec violences, menaces, et injures – on progresse, on progresse...
Mais dès qu'il s'agit d'agressions sexuelles, de harcèlement de rue, d'exhibitionnisme, de gestes déplacés, de mutilations sexuelles, de viols, de mariages forcés, de violences au sein du couple..., les femmes reprennent la tête du classement – en tant que principales victimes :

* les femmes subissent presque trois fois plus de violences sexuelles que les hommes (1,3% contre 0,5%) ; 16% des femmes et 5% des hommes déclarent avoir subi des rapports sexuels forcés ou des tentatives de rapports forcés au cours de leur vie ; en 2011, sur les 4 983 viols, 3 742 viols ont été commis à l’encontre de femmes et 432 contre des hommes. Parmi ces viols, 906 sont des viols conjugaux commis contre des femmes et 179 contre des hommes. ;

* elles sont deux fois plus victimes d'exhibitionnisme (2,9% contre 1,2%) ;

* elles sont trois fois plus visées par des gestes déplacés (4,3% contre 1,5%) ;

* en 2011, une femme est décédée tous les 3 jours, et un homme tous les 15 jours, victime de son partenaire ou ex-partenaire de vie ;

* ont été commis également, au sein du couple, 100 tentatives d’homicide contre une femme et 44 contre un homme ;

* sur les 62 406 faits constatés de violences non mortelles commises par un-e conjoint-e ou ex-conjoint-e, 49 774 l’ont été contre des femmes et 12 632 contre des hommes.

Sources :
- l'Insee
- le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes


On est donc BIEN LOIN d'une « journée de la femme » rimant avec fleurs, bijoux, compliments, coupons de réduction et séance de shopping. Il s'agit en réalité d'une journée internationale des droits des femmes, marquant les nécessaires combats pour l'égalité, et la diversité des femmes – et hommes – qui les mènent.

Combats qui ne sont pas de tout repos... Alors si, en ce jour particulier, vous tenez absolument à nous faire un petit cadeau, voici une suggestion :



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À consulter :
* 8 mars : y a-t-il quelque chose à célébrer ? 
* Journée internationale des droits des femmes : le 8 mars, c'est toute l'année ! 
* On a parlé IVG, plaisir féminin et manif pour tous avec Benoîte Groult
* Inégalités hommes-femmes : les leurres du 8 mars  

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« Chacun cherche sa route ; nous cherchons la nôtre et nous pensons que le jour où le règne de la liberté et de l’égalité sera arrivé, le genre humain sera heureux.  »
Louise Michel

mercredi 19 février 2014

Sexisme et espace de parole : bon alors qu'est-ce qu'on fait ?

Grâce à Twee-Q, La Manif pour Tous est un exemple à suivre en matière d'antisexisme, et le Front National est semble-t-il un repaire de féministes radicales.

N'EMPÊCHE.
Le sexisme n'est pas (qu') une légende urbaine, et il est VRAI qu'en moyenne, les hommes occupent plus le temps de parole que les femmes. Un chiffre qui revient régulièrement, bien que sa source soit un peu éparpillée dans les limbes de l'espace-temps, c'est 70% (plusieurs études confirment des résultats à peu près similaires).
Ça veut dire que dans une assemblée mixte, composée "à égalité" d'hommes et de femmes, les hommes occupent environ 70% du temps de parole. Et non seulement ils parlent plus, mais ils coupent aussi plus la parole aux femmes. Ce qui serait anecdotique si ce n'était si récurrent, et pérenne dans le temps. 
Bigre, serait-ce une manifestation de sexisme ? Mais oui on dirait bien.

Comment le combattre – sans Twee-Q et sans chronomètre pour assurer une stricte parité ?
C'est trop fastoche. Si.


Premier point : prendre conscience du problème

En soirée, au café, au boulot, à l'école, à la fac, en famille, dès lors que plusieurs personnes de tous sexes / genres confondus sont réunies, observez. 
Et tel Saint Thomas, vous verrez et vous croirez. 
Sauf si votre environnement familial, professionnel et amical est uniquement constitué d'antisexistes hors-pairs et de hippies pour qui la parole de chacun-e est sacrée et où tout le monde s'exprime librement et simplement. Auquel cas on ne vous félicite pas, vous mettez toute notre propagande alarmiste par terre. AH BEN BRAVO.
Mais si vous évoluez dans un environnement normalement sexiste (j'aime beaucoup jouer avec les concepts), vous constaterez qu'effectivement les hommes prennent plus la parole, parlent plus longtemps (on n'a pas stipulé que c'était nécessairement intéressant d'ailleurs), et coupent plus facilement la parole aux femmes.
Que faire ?



Femmes : « bouge ton cul grognasse »

Confronté à l'adversité, un être vivant n'a souvent que deux options : vaincre ou périr.
Femme, tu n'échappes pas à la règle. BOUGE TON CUL. Ou tu périras dans les flammes de l'enfer de la minorité des 30% qui occupent le temps de conversation.

Si tu attends gentiment qu'on te donne la parole au nom de la petite chose fragile que tu es (supposée être), comme on nous apprend à attendre le prince charmant qui viendra nous délivrer de notre donjon, tu vas attendre longtemps. Mais genre longtemps, quoi. Looooongtemps. Et on n'a pas le temps. La vie, ça file à une vitesse...

Ne sois pas toujours si discrète : la vie n'est pas un jeu d'infiltration, allons donc. Arrête de longer les murs et de te recroqueviller dans ton pull comme un Bernard l'Hermite.

Et prends la parole, n'hésite pas. Histoire de ne pas passer pour une parfaite idiote, assure-toi tout de même d'avoir un truc intéressant ou drôle à dire. Si, ça peut être bien, vraiment. Le genre de petit détail qui fait la différence entre optimiser ou flinguer une vie sociale.

Ne te laisse pas couper la parole. Si ça arrive, reprend-la. Arrache-la s'il le faut, même (c'est une image bien sûr, ne va pas risquer 20 ans de taule parce que tu prends tout au 1er degré, ce serait dommage). Poliment si y'a moyen, et si y'a pas moyen... vas-y à la barbare : coupe à ton tour la parole de celui qui te l'a prise, et avant de reprendre ton propos là où tu en étais, notifie-lui clairement que ce n'est pas un comportement que tu tolèreras à l'avenir.



Hommes : « reste tranquille p'tit con, et sois gentil avec la dame »

Homme, que tu sabotes volontairement le temps de parole des femmes parce que t'es rien qu'un gros con machiste, ou que tu le fasses involontairement par "imprégnation au milieu" sexiste ambiant, arrête. Arrête de t'étaler dans l'espace de conversation, arrête de couper presque systématiquement la parole aux femmes (oui, même pour dire un truc gentil ou une super blague, arrête).

Ce n'est guère difficile : tourne 7 fois ta langue dans la bouche avant de couper la parole à une femme, et mords-la (ta langue, pas la femme. Ou si, mais avec son consentement).
Et médite là-dessus : « Mieux vaut fermer sa gueule et passer pour un con que l'ouvrir et ne laisser aucun doute à ce sujet. » Est-ce que tu es vraiment obligé d'ouvrir la bouche, là, tout de suite ? Est-ce que ce que tu as à dire est siiiii important ou vital pour le destin de l'humanité que tu te crois autorisé à interrompre le propos d'une collègue, amie, cousine, voisine ? Si la réponse est non, abstiens-toi. Une fois sur deux, c'est déjà pas mal.

En outre, si tu veux te montrer civilisé et respectueux et féministe et sentir bon des dessous de bras (t'as envie de serrer, oui voilà), tu peux aussi veiller aux points suivants :

* inciter, inviter les personnes de sexe féminin à participer à la conversation ;

* leur donner la parole, au moyen d'un subtil « Et toi Martine t'en penses quoi ? Hein Martine ? »

Elle va être contente Martine. 
Et qui sait ? À force d'entrainement, elle deviendra peut-être une vraie professionnelle de la tchatche.



Gare à l'excès de zèle

L'acquisition de nouveaux (super) pouvoirs peut devenir grisante ; enivrée par une force nouvelle, la femme qui découvre l'anti-sexisme ou le féminisme, et les joies du reprenage de parole en mode Tonya Montana, peut devenir un tyran sanguinaire. Et passer du cliché de la jeune femme (trop) douce et (trop) discrète au cliché de la harpie hystérique. 
Femme, rien ne t'es dû sur la seule base du fait que tu sois une femme. Tu es un être humain comme les autres, et tu te feras envoyer bouler comme n'importe qui d'autre si tu fais chier le monde. Oui, la vie c'est dur parfois.

Quant aux hommes, nouvellement (in)formés sur les problématiques sexistes, il peut leur arriver d'être pris dans une guimauve poisseuse, magma purulent de culpabilité et de peur de mal faire. C'est souvent là... que toi l'homme, tu en fais trop. Trop, beaucoup trop. L'excès de zèle des nouveaux convertis. 
Au nombre des idées de merde auxquelles tu peux penser, le plus souvent sur suggestion d'une rad' fem' croisée sur Twitter ou Facebook (internet c'est dangereux) ou d'un sympathisant aspirant preux chevalier : ne plus retweeter d'hommes pendant un an... (il faut avoir lu ceci pour comprendre), donner la parole en premier aux femmes, ou leur donner la parole plus longtemps. 

Là, je vais la jouer égoïste qui prêche pour sa paroisse, mais une précision s'impose : une femme n'est PAS une personne handicapée. Une femme n'est pas prioritaire (sauf en cas d'évacuation d'un paquebot faisant naufrage, éventuellement) ni n'a besoin de tiers-temps. 
Inutile également de te mettre à pisser assis. Si si, j'insiste, c'est inutile. Sauf si c'est ton truc, bien sûr.


L'idéal antisexiste – mais si, il existe  

L'idéal, le but à atteindre, le Saint-Graal de l'antisexisme, c'est qu'au final : on s'en foute – éperdument – que vous soyez une femme ou un homme.
Prenez la parole si vous en avez envie, ne la prenez pas si vous préférez écouter (ou si vous vous remettez difficilement de la cuite de la veille), soyez plus discret ou discrète qu'un ninja, ou moins délicat-e qu'un troupeau de gnous lancés à vive allure car poursuivis par Godzilla, et ceci que vous soyez un homme ou une femme.

Ne vous sentez pas obligé-e de devenir différent-e uniquement pour ne pas être "un stéréotype" ou faire plaisir à votre grand-mère qui brula son soutien-gorge dans sa folle jeunesse (oui, comme le temps passe). Mais ne vous sentez pas obligé-e d'être odieusement sexiste par tradition non plus, hein.

Ce qui nous intéresse, ce qui doit nous intéresser, c'est votre personnalité, ce que vous avez à dire, votre manière d'être, et éventuellement votre 06. Le reste – le fait que vous soyez un homme ou une femme, votre couleur de peau, ou la forme de vos cheveux – on s'en tamponne le coquillard comme de l'an 40 après la bataille du Mordor.
Et en fonction de qui vous êtes, et non de ce que vous êtes, on vous aimera, ou peut-être qu'on vous détestera, comme n'importe qui d'autre. Que vous soyez un homme ou une femme, noir ou blanc, jeune ou vieux. 
Elle est là, l'égalité.


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« Le mieux est le mortel ennemi du bien. »
Montesquieu

TWEE-Q : Go-Go Gadget-au-sexisme – ou comment le Front National est devenu féministe

Ces derniers jours sur Twitter on a vu (re)venir TWEE-Q (Twitter Equality Quotient), à la grande joie de twittos toujours avides de nouvelles applications à la con.
Twee-Q est une appli consistant à compter combien on "retweete" (retransmettre, partager le message d'un utilisateur sur Twitter) d'hommes et de femmes, le tout étant sensé être révélateur du fait de favoriser plutôt les hommes ou les femmes dans nos échanges et conversations.
Twee-Q est donc présenté comme un gadget outil servant à mesurer le sexisme, afin de susciter une prise de conscience chez les utilisateurs, et de changer le monde. CARRÉMENT.



Hourra, une bonne cause ! Merci de laisser votre esprit critique à l'entrée.

Les esprits les plus habiles à résoudre les enquêtes du Professeur Layton se poseront bien sûr d'abord les questions suivantes à propos de Twee-Q, zeu tool pour mesurer le sexisme :
* comment ça fonctionne ?
* la parité, est-ce une fin en soi ?

COMMENT FONCTIONNE TWEE-Q


Twee-Q, qui ambitionne tout de même de mesurer le niveau de sexisme des individus (sur Twitter) et de changer le monde je vous le rappelle, analyse :

* les retweets
Autrement dit : si vous discutez sur Twitter avec davantage de femmes que d'hommes, favorisant ainsi "la parole de l'opprimée" (que c'est gentil, votre place au Valhalla des glorieux militants est acquise), mais que vous retweetez plus d'hommes, même si c'est pour les tacler ensuite en les commentant – une pratique courante sur Twitter – TANT PIS POUR VOUS : selon Twee-Q, vous favorisez la domination masculine quand même.


* vos 100 derniers retweets
Analyser tous les retweets des utilisateurs depuis que leur compte Twitter est activé serait trop fastidieux voire quasi-impossible. La limitation de la collecte de données aux 100 derniers retweets est donc liée à une contrainte technique et est compréhensible. Néanmoins, elle limite encore la portée et la pertinence de ce gadget cet outil de mesure.

* sur la base du sexe / genre de l'utilisateur
Et là ça coince inévitablement, puisque sur Twitter il n'y a pas de mention "homme / femme" sur le profil des utilisateurs (et c'est heureux, d'ailleurs). Ainsi, on ne peut pas toujours avoir de certitude quant au sexe / genre des personnes avec qui on est en train de converser ou qu'on retweete, ce qui constitue tout de même un léger petit problème quand c'est précisément cette donnée qui est sensée être mesurée.
Lire cet article pour plus de précisions : Twitter tool Twee-Q calls out sexism but doesn't know your gender.

* en recoupant les noms des profils / pseudos avec... une base de données de prénoms américains et suédois
Ce qui laisse la place à d'inévitables surprises :

Vivement une appli qui scanne les noms / prénoms / pseudos des utilisateurs pour les comparer à une base de données et savoir s'ils sont juifs. Dans l'unique but de vérifier que nous ne sommes pas antisémites à l'insu de notre plein gré, bien sûr.


LA PARITÉ, L'ÉGALITÉ DES QUOTAS

Twee-Q martèle le même message sur tout son site : « to promote equal participation », « the goal is equal right to an active leisure », « to examine just how equal every single one of us really act in conversations », « the first steps towards a truly equal society », « gender equality »... quel chant délicat aux oreilles de tout humaniste et féministe qui se respecte. La Team Égalité est dans la place ! Mais pour y faire quoi ?
Compter.
Car il n'est pas question ici de se soucier des individus mais de leurs particularités, afin de les compter sur la base de ces seuls critères.
Twee-Q est un parfait exemple de politique des quotas, la parité.

Twee-Q applique, au nom de l'égalité, une logique purement comptable où l'individu est nié au profit de ses statistiques. Twee-Q n'intègre à ses calculs que le nombre de retweets, en les triant en fonction du sexe / genre supposé de la personne que vous avez retweetée. Vous retweetez beaucoup plus d'hommes que de femmes ? C'est la preuve statistique irréfutable que vous êtes sexiste et C'EST MAL(E), même si vous vous exprimez par ailleurs en ces termes :


Ce que vous exprimez ne compte pas.
Vos actions, par ailleurs, ne comptent pas non plus.
Vous ne comptez pas.
Seul compte : le nombre de retweets d'hommes ou de femmes que vous effectuez. Et demain peut-être, le nombre de retweets de noirs ou juifs supposés dont vous pourrez vous enorgueillir pour remplir un formulaire en ligne et demander votre diplôme d'antiracisme.

Le Team Égalité tant vantée n'est donc qu'un service compta, dont les employés sont tous adorateurs du Dieu Quota. Un repaire de statisticiens drogués à la parité. Le genre de personnes à qui on répond volontiers :
« Même constat du point de vue sexuel : sur la quinzaine de personnes sommées de préciser leur orientation sexuelle sous peine d'être renvoyées pour faute grave, la majorité de nos troupes s'est définie comme hétérosexuelle. Et en dehors d'un asexuel auto-proclamé et de deux employés ayant avoué une petite période bi à la fac, rien que du majoritaire, du quelconque et de l'oppresseur. Remarquez, s'il y a un sociologue qui pourrait me confirmer que deux bi ça fait bien un homo, ça m'arrangerait pour mes chiffres. »
Et après tout, pourquoi limiter le concept de parité à la parité hommes / femmes ?
Pourquoi ne pas mettre en place un monde entier égalitaire, régi par des quotas ? Le même nombre d'hommes et de femmes, et de trans' ; le même nombre de noirs, d'européens, d'asiatiques, d'indiens, d'amérindiens, d'inuits ; le même nombre de chrétiens, de musulmans, de juifs, d'hindous, de bouddhistes, d'athées, d'agnostiques, d'adorateurs d'un dieu en spaghettis ; le même nombre d'hétéros, de bis, de gays, de lesbiennes, d'asexuels, de gérontophiles (éternels oubliés des revendications identitaires basées sur les préférences sexuelles – c'est moche la discrimination) ; le même nombre de petits et de grands, de gros et de maigres ; le même nombre de bruns, de blonds, de châtains, de roux, de poivre et sel, de cheveux blancs, de chauves, ; le même nombre de jeunes et de vieux ; et enfin, j'y tiens beaucoup car je suis personnellement concernée : le même nombre d'handicapés et de valides. Au besoin, on leur pètera les genoux (les prothèses ont fait des progrès formidables).

Quant au surplus – il y en a toujours, sans parler de ceux qui « rentrent pas dans les cases » – on pourrait s'en débarrasser. Définitivement. Pour respecter les quotas, d'une part, mais aussi pour pallier aux problèmes de surpopulation. Ainsi nous aurons enfin « a truly equal society », plus un bonus écologie.



Sexisme : Twee-Q distribue les bons et mauvais points – oui, mais à qui ?

Les lois consacrant la parité hommes / femmes lors de la constitution de listes électorales prévoient des sanctions en cas de non-respect. Avec Twee-Q c'est pareil, à ceci près que la sanction de la loi est remplacée par la sanction de "la communauté".

Un jour vous faites le test Twee-Q, ou quelqu'un le fait pour vous (chic, on peut tester autrui et dénoncer les mauvais élèves), et le résultat tombe : vous retweetez une majorité d'hommes. Vous êtes grillé. Pris en flagrant délit de sexisme : Twee-Q Twitter App Reveals Stunning Amount Of Male Favoritism In Retweets. Votre e-reput' en prend pour son grade, vous accusez le coup, entamez une introspection teintée de culpabilisation, comme dans cet article : Twee-Q Fights for Gender Equality on Twitter. Et un beau matin, en vous rasant devant le miroir, vous finissez même par décider : de ne plus retweeter d'hommes pendant un an !
Na !
Le sexisme "inversé", voilà qui devrait rétablir l'équilibre de la Force dans l'univers. Et changer le monde, puisque telle est la modeste ambition affichée par Twee-Q et ses plus zélés partisans.
(dire qu'on peut changer le monde avec une appli Twitter, on se demande bien pourquoi certains se cassent le cul à occuper leur usine ou lancer battre le pavé)

D'après Twee-Q, un score de 10 est la perfection en matière de féminisme et d'anti-sexisme. Alors puisqu'il s'agit de distribuer des bons et mauvais points, jouons ! Et voyons à qui Twee-Q attribue ses meilleures notes.



LA CLASSE

Parmi les élèves que j'ai testés avec Twee-Q j'ai sélectionné : des rédactions de presse spécialisées dans les jeux vidéo, des journalistes / chroniqueurs, des personnalités et organisations politiques et économiques, une célèbre blogueuse féministe, et moi parce que dès qu'il y a concours, je m'inscris. La rage de vaincre.


CLASSEMENT TWEE-Q – LES DERNIERS DE LA CLASSE

Cancres parmi les cancres, apôtres de l'absentéisme et du jet de gomme, indigents venant seulement pour passer l'hiver au chaud près du radiateur au fond de la salle, gros nuls de l'antisexisme et laquais serviles du patriarcat :

Oui, moi quand je joue c'est pour gagner.


CLASSEMENT TWEE-Q – « EN PROGRÈS, PEUT MIEUX FAIRE »

Des élèves aux résultats peu glorieux, mais au moins ont-ils le mérite de faire mieux que les rustres serviteurs de la domination masculine précédemment cités. Saluons l'effort.



CLASSEMENT TWEE-Q – LES FÉLICITATIONS DU JURY

Le haut du panier. La crème de la crème. L'ÉLITE. Ceux qui nous montrent le chemin d'un monde plus égalitaire et plus juste entre hommes et femmes, l'avant-garde éclairée de l'antisexisme. NI PLUS NI MOINS. Les félicitations du jury Twee-Q sont attribuées à :




Mention spéciale aux rad' fem' du Front National, qui retweete plus de femmes que d'hommes, sortant ainsi les femmes de la silenciation massive dont elles sont victimes partout ailleurs. Et saluons l'avènement du Front National premier de la classe en féminisme !



GO HOME TWEE-Q, YOU'RE DRUNK.

Quand le peuple joue à l'apprenti-sorcier avec des concepts sociologiques, politiques et statistiques, voilà ce que ça donne. L'enfer est pavé de bonnes intentions, et des applis comme Twee-Q, une bête logique comptable et des réflexes de bons sentiments y ont mené tout droit. Et au galop avec ça.
Je vous ai épargné les innombrables tweets plaintifs et penauds d'hommes et femmes littéralement mortifié-e-s par la découverte de leur maigre "performance" au test Twee-Q, et les discussions surréalistes et ridicules qui ont parfois suivi, mais c'était pitoyable. Vraiment.

L'analyse des résultats de cet outil qui se veut "détecteur automatique de sexisme", et qui fait les choux gras de la blogosphère / twittosphère / presse en ligne (anglophone comme francophone) soudainement prise de remords à l'idée de retweeter majoritairement des hommes – au point que certains s'empressent de recommander l'expérience The Year I Didn’t Retweet Men (quelle expérience de ne retweeter que des femmes ! Votre vision du monde est bouleversée, car les femmes ce n'est pas pareil que les hommes, les femmes c'est différent, c'est justement pour ça qu'il faut les traiter à égalité d'ailleurs. Oh wait) – laisse rêveuse.
Comme après avoir sniffé du pipi de chat, un peu.

Charité bien ordonnée commence par moi-même (à propos, un bouton Paypal "Faire un don" orne désormais le haut de ce blog ; pensez-y entre deux séances d'auto-flagellation expiatoire pendant votre année sabbatique de retweets d'hommes), alors voyons mon résultat.
Ca-ta-stro-phique. 96% de retweets d'hommes ! Il y aurait un poste de grande prêtresse de la domination masculine, je l'occuperais (après avoir changé de sexe pour rejoindre définitivement les troupes ennemies).
À noter : j'ai exactement le même score que Gameblog. Ce qui est parfaitement compréhensible, dans la mesure où Gameblog et moi-même partageons la même ligne éditoriale. Le site de Gameblog ou le blog de La Bonne Fée, même combat vidéoludique pailleté et cosmique, nos articles se ressemblent trait pour trait. Mêmes sujets, même ton, même activité Twitter, et même souci de retweeter prioritairement et majoritairement des individus masculins (et francs-maçons, mais ça Twee-Q ne le détecte pas donc personne ne se doute de rien – sauf peut-être Dieudonné).

L'analyse des résultats Twee-Q nous montre également que Nadine Morano et Marine Le Pen seraient plus féministes que Carole Quintaine. Il est vrai que cette dernière n'est pas connue pour son féminisme engagé, mais tout de même.


Sans surprise aucune, Twee-Q nous apprend aussi que Marlard est moins antisexiste que Christine Boutin. Tiens donc.
Effectivement, Twee-Q ça change le monde. On bascule dans La Quatrième Dimension, même.

Alors n'hésitez plus ! Changez le monde avec Twee-Q !, qui sacre La Manif pour Tous et le FN meilleurs élèves de la classe en termes d'égalité et de féminisme.
Quel beau monde nous attend.

Sachez toutefois que d'autres voies sont possibles, et il ne tient qu'à vous de les emprunter. Et de ne pas vous perdre en chemin.


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« Il ne suffit pas de faire le bien, il faut encore le bien faire. »
Denis Diderot