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mercredi 15 octobre 2014

Les « Livres dont Vous Êtes Le Héros » et peut-être l'auteur ?

Séquence émotion et archéologie avec des « Livres dont Vous Êtes Le Héros » qui ressurgissent du passé et font l'objet de ce billet sur le site de David Madore.





Et ô joie, les « Livres dont Vous Êtes Le Héros » vous pouvez aussi en être l'auteur grâce aux outils dont il est question ci-dessous :
* sur le site Littéraction (Advelh, Graphviz)

Un excellent entrainement qui vous permettra d'acquérir les compétences nécessaires à de plus grands projets, comme la participation à une Assemblée Constituante. Mais siiii, vous pouvez le faire.


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« Survivre c'est mourir. Il faut patiemment et sans relâche construire, organiser, ordonner. »
Michel Tournier

mardi 8 octobre 2013

Nouvelle - Le Cauchemar

J'aime beaucoup écrire. Ça aide quand on tient un blog, hein. Bref j'aime beaucoup écrire, mais la plupart de mes textes, principalement des nouvelles, je les publie peu - voire pas du tout. Ils gravitent autour de sujets pas trèèèès joyeux - et je ne voudrais pas flinguer mon e-reputation de meuf fée trop lolante sous son air abrupt d'ours stalinien en Doc Martens et en tutu rose.

D'un autre côté, plus la mort se rapproche inéxorablement putain-mais-l'horreur-on-va-tous-mourir-un-jour-si-c'est-pas-l'angoisse-quand-on-y-pense plus le temps passe, plus je me dis qu'il ne sert pas à grand chose de laisser ces textes, mes textes, dormir dans mes archives.
Ça ne sert pas non plus à grand chose de les publier sur mon blog me direz-vous, et à juste titre d'ailleurs ; mais faire des choses inutiles est l'une de mes principales activités, pour ne pas dire la seule. Y'a des gens doués pour ça et puis c'est tout.

Je publierai donc de temps en temps certains de mes textes ici. Les problématiques qu'ils abordent sont assez délicates, et par conséquent ils ne sont pas recommandés aux lecteurs ou lectrices particulièrement sensibles ou vulnérables à la violence, la pédophilie, le viol, la mort, les corps en souffrances, les esprits tordus, les monstres, la torture, la perversion (au sens clinique comme au sens commun du terme), et tout un tas d'autres sujets similairement glauques qui me passionnent.
Notez que j'aime aussi les petits lapinous, les chatons, les Harvest Moon (oui les Silent Hill aussi... mais chut), l'émission Top Chef, et les double rainbows (même si, comme toute personne de bon goût, je préfère les aurores boréales), bien que j'écrive beaucoup plus rarement sur ces sujets. Et encore plus rarement sur tous ces sujets en même temps.


***

Le Cauchemar


Il avait la trentaine. Elle avait 6 ou 7 ans. Il était infirmier. Elle était hospitalisée dans le service où il travaillait. Il était gentil et souriant. Elle faisait des cauchemars où il la poursuivait dans des sous-sols sombres.

Quand elle pense à lui, elle ne se souvient pas de grand chose. Elle ne se souvient de rien de grave. Elle ne se souvient de rien de bien, non plus.

Elle est dans une chambre d'hôpital. Elle a un plâtre qui va du pied jusqu'au thorax. Elle est à plat ventre, sur le lit ; elle ne peut pas bouger. Elle est cul nu. Les fesses à l'air, pendant qu'il prodigue les soins : changement de la perfusion, lotion et massage anti-escarres. Talons, fesses. 
La grande sœur de la petite fille est là. Elle discute avec lui. Ils plaisantent, rient. Ils discutent, encore. Ils se sourient. Beaucoup. Ils se plaisent, échangent des regards complices.
La tête posée contre le matelas, la petite fille attend que leur discussion interminable prenne fin, enfin. 

Quelque chose ne va pas. C'est diffus, imprécis, impalpable, vague. Et oppressant. Elle se sent mal à l'aise. Puis commence à se sentir mal, tout court.
Peut-être parce que deux adultes négocient un plan cul à 70 centimètres à peine au-dessus de son cul à elle, qui est toujours nu et à découvert durant tout ce temps. Peut-être parce qu'elle est jalouse de sa grande sœur. Peut-être parce qu'elle est quasi-momifiée dans un plâtre lourd, à plat ventre, et que c'est une posture parmi les plus inconfortables qui soit. Peut-être un peu pour tout ça. Ou peut-être... pour rien.

La grande sœur s'en va.
Pas lui.
Il est de garde. Toute la nuit.


Les cauchemars ont commencé. La peur a commencé. Les nausées ont commencé.
Sans jamais pouvoir se les expliquer. Elle ne savait pas pourquoi elle faisait ces cauchemars qui la terrifiaient. Elle ne savait pas pourquoi elle était si angoissée quand il était là. Elle ne savait pas pourquoi elle éprouvait du dégoût lorsqu'il l'approchait ou lorsqu'elle pensait à lui. Elle ne savait pas pourquoi son parfum la rendait malade. Elle savait juste qu'elle devait l'éviter. L'éviter absolument. Aussi absolument qu'il lui était impossible de l'éviter tout le temps.

Quelques jours plus tard, elle est transférée dans un autre service. Celui dans lequel il travaille et celui dans lequel elle se rend sont à l'opposé l'un de l'autre au sein de l'hôpital, et très éloignés. La délivrance.
Elle retrouve les infirmières qu'elle connait et qui sont de secondes mamans, les brancardiers qui ont toujours une nouvelle blague à raconter ou une nouvelle chanson à fredonner, les gamins du service qui jouent, se chamaillent, se rabibochent en échange d'un dessert. 


Deux semaines. 
Deux semaines plus tard, il est là.
Elle l'aperçoit. Sent une vague chaude envahir son corps. Reste figée sur place, en posture défensive. Pourvu qu'il ne me voit pas, pourvu qu'il ne me voit pas, pourvu qu'il ne me v... Il vient à sa rencontre ; lui sourit quand il lui annonce qu'il a demandé à changer de service, et que désormais il travaillera ici. Que désormais, il pourra la voir - tous les jours. Il lui sourit de plus belle. Son regard.
La vague chaude, encore. L'envie de vomir.

Il tourne les talons et retourne bosser. Une ribambelle de mômes l'entoure déjà. Dans le précédent service, tout le monde l'aimait. Et ici, tout le monde l'aimera aussi. Il est joyeux, drôle, gentil. Il est très beau. Toutes les femmes lui courent après. Toutes les petites filles sont amoureuses de lui et veulent se marier avec lui plus tard.
Pas elle.


Les cauchemars, toujours. Le même, toujours. Elle est dans les sous-sols de l'hôpital. Il la suit. Un bruit de feuilles mortes écrasées accompagne ses pas. Elle l'entend : il marche plus vite. Elle avance plus vite. Plus elle avance, plus il se rapproche. Il se rapproche. Il se rapproche. Il se rapproche.


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"D'être hanté par mes vieilles obsessions, cela me rassure. Mieux vaut un cauchemar apprivoisé que la blessure à vif d'un souvenir récent."
Daniel Sernine, Quand vient la nuit

dimanche 11 novembre 2012

Édith, ma poupée de chiffon magique et fée main :)

Oui, oui, ça vaaaaa... je sais, ça fait une plombe que je n'ai rien posté sur mon blog. Mais je n'ai pas chômé durant ce temps là, hein ! Laissez-moi vous raconter cette histoire...

Il était une fois (jamais deux, notez ; les contes et légendes détestent la redondance - sauf dans les intros, bon) ; il était une fois disais-je (avant de digresser comme à mon habitude) une Bonne Fée (moi, évidemment) qui s'ennuyait. Jeux vidéo, lectures, films à la demande, séries et émissions en replay... rien n'y faisait : La Bonne Fée ne voulait pas jouer, lire ou écouter ; elle voulait créer. Fabriquer quelque chose, elle-même, avec ses petits doigts de Fée.

Mais fabriquer quoi ?
Une guillotine ? Impossible. La Bonne Fée n'avait aucun talent en menuiserie.
Un camp de rééducation ? Inutile, le climat est bien trop clément par ici (et puis avec le réchauffement planétaire, c'est pas près de s'arranger).
Des faux-papiers ? Ah non, au prix des cartouches d'encre...

Et soudain, la révélation : en pleine nuit, comme une irrépressible envie de faire pipi, La Bonne Fée est prise d'une fièvre couturière aigüe et décide... de créer une poupée de chiffons !

Ni une ni deux (ni trois ni quatre ni... ?! Les expressions qu'emploient les humains sont bien étranges parfois, nom d'un poil de couille de diplodocus), elle farfouine (oui, du verbe farfouiner, lui-même issu des verbes farfouiller et fouiner) dans son bazar, et sacrifie à la noble cause de la création :
- deux draps (tissu blanc et à motifs),
- un coupe-vent (tissu noir),
- un foulard (tissu en voile),
- une chemise (qui sera, la pauvre, amputée de quelques boutons),
- et de la belle laine.
Comme disait Pablo Picasso : « Tout acte de création est d’abord un acte de destruction. »

Puis La Bonne Fée s'empare d'une vieille paire de ciseaux, de fil, d'une aiguille à coudre, d'un crayon à papier, et d'un reste de coton pour le rembourrage. Et la voilà qui s'attelle à la tâche :


Quelques temps plus tard, sous les doigts de La Bonne Fée qui s'agitent en tous sens comme des manifestants avant une charge de CRS, la poupée prend forme ! Oui, bon, elle a un léger problème de symétrie au niveau des épaules... ben c'est une poupée handicapée, voilà, comme sa créatrice ^^ :


Mais la poupée ne pouvait rester nue, allons donc... La Bonne Fée lui coud alors une belle robe :)
L'endroit :


L'envers :


La Bonne Fée lui coud aussi des cheveux : des cheveux à paillettes, évidemment ^^ Et voilà ! Une nouvelle copine !

Comme cette Fée étourdie et fauchée comme les blés n'avait pas de peinture, elle ne pu peindre un visage à sa poupée, et fut contrainte de lui en créer un tout cousu à la main (comme le reste d'ailleurs, c'est tout cousu main, La Bonne Fée n'ayant pas de machine à coudre) :



La Bonne Fée était très contente : la poupée n'était pas encore tout à fait terminée (reste à finir son chapeau ^^), mais le travail était bien avancé ! Et elle aimait beaucoup le résultat.
Il faut dire que c'était sa première fois : cette feignasse de Fée n'avait auparavant comme seule expérience de la couture que la suture le reprisage de chaussettes et de tissu de canapé élimé.
Et en se lançant ainsi, spontanément, sans aucune expérience dans cette folle aventure de textiles, de fils et d'aiguilles, elle craignait beaucoup que sa poupée de chiffons ne finisse par ressembler à une œuvre de Picasso ^^"

Mais après quelques nuits de travail, et contemplant le sourire de sa nouvelle copine Édith (oui, elle s'appelle Édith !, c'est joli Édith), voilà La Bonne Fée rassurée et récompensée par ses efforts :)

Une bien belle morale, hein.
Seulement voilà... La Bonne Fée avait attrapé un virus : le virus de la couturite de poupées de chiffons aigüe ! Elle ne pensait plus qu'à tissus et boutons, fils et galons, coutures et créations !
Mais La Bonne Fée (qui venait déjà de raquer 450 euros de frais de fourrière pour récupérer sa voiture, car la voiture c'est bien plus pratique que le fauteuil roulant pour se déplacer, si si. Sauf que : la voiture c'est certes plus pratique que le fauteuil roulant, mais les conséquences pour mauvais stationnement en voiture sont bien plus délicates qu'en fauteuil roulant, hein... Comme quoi l'autonomie, ça a un prix -_-), bref La Bonne Fée n'avait plus un rond ! Adieu boutons, tissus imprimés et galons !

Et puis... le doute.
Et si La Bonne Fée ne trouvait Édith jolie que parce que c'est elle qui l'avait créée ?
Et si Édith n'était pas si réussie que ça ?
Et si Édith ne plaisait qu'à elle ?
Et si ça ne valait pas le coup de se lancer dans la création d'autres poupées de chiffons ?

Horreur ! Malheur !

...
...
...
Et vous, heu...
... vous la trouvez jolie, ma toute première poupée de chiffons ? Vous pensez que ça vaut le coup de continuer ?


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"Créer, c’est toujours parler de l’enfance."
Jean Genet

mercredi 31 octobre 2012

Happy and scary Halloween...! Des images merveilleusement terrifiantes

Le 31 octobre, comme chaque année, c'est Halloween !

Déguisements macabres et décors lugubres vous aideront à ne pas éveiller la curiosité des morts, qui rejoignent le monde des vivants le temps d'une journée. Pensez également à protéger votre PC ! Pour ce faire, voici quelques images merveilleusement terrifiantes - qui détourneront à coup sûr l'attention des éventuels zombies geeks qui rôderaient dans les environs.

Mais avant, une fascinante petite vidéo pour vous mettre dans l'ambiance si délicieuse d'Halloween :)






















Une dernière vidéo ;)




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« Est-ce que je crois aux fantômes ? Non, mais j’en ai peur. »
Marie du Deffand

« À vivre au milieu des fantômes, on devient fantôme soi-même et le monde des démons n’est plus celui des étrangers mais le nôtre, surgi non de la nuit mais de nos entrailles. »
Antoine Audouard, Un Pont d’oiseaux

mardi 19 juin 2012

Présidentielles et Législatives 2012 : Le Corbeau et le Renard, et l'électorat du FN

La Gauche (enfin... le PS) qui n'est pas complètement à Gauche (non, la social-démocratie c'est pas de Gauche ; la preuve : la France, nouvellement "socialiste", applaudit la victoire de la Droite en Grèce), la Droite qui "s'extrêmise", l'extrême-Droite qui se normalise...
Une mère syndicaliste y perdrait ses petits militants.

Pourtant, comprendre ce qui s'est joué dans ces élections présidentielles et législatives - et plus globalement dans la politique française ces 10 dernières années - n'est pas bien compliqué.
Suffit de lire Jean de La Fontaine...



Maitre Corbeau FN sur un arbre perché
Tenait en son bec un fromage électoral ;
Maitre Renard UMP par l'odeur alléché
Lui tint à peu près ce langage :

Hé bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! Que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix pyromane des hôtes de ces bois.

À ces mots le Corbeau FN ne se sent pas de joie :
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard UMP s'en saisit et dit : Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur 
Vit aux dépens de celui qui l'écoute.
Cette leçon vaut bien un fromage et quelques électeurs sans doute.

Le Corbeau FN honteux et confus
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.


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"La fable est la sœur aînée de l'histoire."
Voltaire, extrait du Dictionnaire philosophique

vendredi 2 mars 2012

Le Conte du Pêcheur

 LE CONTE DU PÊCHEUR



Au Mexique, au bord de l’eau dans un petit village côtier, un bateau rentre au port, ramenant plusieurs thons. Un américain complimente le pêcheur mexicain sur la qualité de ses poissons.

L’américain : Combien de temps vous a-t-il fallu pour les capturer ?
Le pêcheur mexicain : Pas très longtemps.
L’américain : Mais alors pourquoi n’êtes-vous pas resté en mer plus longtemps pour en attraper plus ?
Le pêcheur : Ces quelques poissons suffiront à subvenir aux besoins de ma famille.
L’américain : Mais que faites-vous le reste du temps ?
Le pêcheur : Je fais la grasse matinée, je pêche un peu, je joue avec mes enfants, je fais la sieste avec ma femme. Le soir je vais au village voir mes amis. Nous buvons du vin et jouons de la guitare. J’ai une vie bien remplie.

L’américain : J’ai un diplôme de l’université de Harvard et je peux vous aider. Vous devriez commencer par pêcher plus longtemps. Avec les bénéfices dégagés, vous pourriez acheter un plus gros bateau.
Avec l’argent que vous rapporterait ce bateau, vous pourriez en acheter un deuxième et ainsi de suite jusqu’à ce que vous possédiez un flotte de chalutiers.
Au lieu de vendre vos poissons à un intermédiaire, vous pourriez négocier directement avec l’usine, et même ouvrir votre propre usine. Vous pourriez alors quitter votre petit village pour Mexico City, Los Angeles, puis peut-être New York, d’où vous dirigeriez toutes vos affaires.

Le pêcheur : Combien de temps cela prendrait-il ?
L’américain : 15 à 20 ans.
Le pêcheur : Et après ?
L’américain : Après, c’est la que ça devient intéressant : quand le moment sera venu, vous pourrez introduire votre société en bourse et vous gagnerez des millions.
Le pêcheur : Des millions ? Mais après ?

L’américain : Après, vous pourrez prendre votre retraite, habiter dans un petit village côtier, faire la grasse matinée, jouer avec vos enfants, pêcher un peu, faire la sieste avec votre femme, et passer vos soirées à boire et à jouer de la guitare avec vos amis...


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"Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l'homme, mais pas assez pour assouvir son avidité."
Gandhi

mercredi 21 septembre 2011

Conte : Des Animaux et des Queues (et un Syndicaliste, et Dieu)

À la base, il s'agit d'un conte africain que j'ai lu il y a bien longtemps, dans un recueil de contes et légendes qu'on m'a offert lors d'un séjour à l'hôpital, lorsque j'étais enfant. Cette histoire racontait comment les animaux ont eu des queues. Bé oui : faut bien qu'elles viennent de quelque part !, comme les Cloches de Pâques hein...

Beaucoup de ces contes africains revenaient sur la même thématique : trouver une explication à l'état du monde (pourquoi le Zèbre est rayé ? Pourquoi le Soleil devient rouge en se couchant ? Pourquoi la Lune disparait et réapparait ? Pourquoi le Serpent rampe alors que l'Aigle vole ? etc... on retrouve également cette thématique récurrente dans les contes et légendes des Indiens d'Amérique).
Ça m'avait marquée, parce que dans les contes européens que j'avais lu c'était plutôt : pourquoi papa et maman nous abandonnent dans la forêt ? Pourquoi mon père veut se marier avec moi ? Pourquoi mon mari veut me trancher la tête ? Pourquoi j'ai pas vu que ma grand-mère en fait c'était un Loup ?
Et bien sûr : pourquoi il faut rentrer du bal avant minuit ?
(parce qu'après il n'y a plus de métro, idiote. Et faire du Vélib en robe de bal, hein... ben c'est comme ça qu'elle a perdu sa pantoufle de verre, d'ailleurs.)

Enfin bref... Je vous raconterais bien ce conte tel que je m'en souviens, mais j'aurais grande peur de trahir le texte d'origine. Aussi, plutôt que de le trahir, je m'en vais le revisiter.
Z'allez avoir droit à un conte africain version La Bonne Fée, avec un supplément sauce syndicaliste : si c'est pas l'apogée, que dis-je ?, la quintessence du multi-culturalisme ça !
Oui allez, multiculturez-vous un peu.


Des Animaux et des Queues
(et un Syndicaliste, et Dieu)

Vous vous êtes déjà sans doute (aucun !) demandé pourquoi les Lapins avait une toute petite queue touffue ? (mais si, vous vous l'êtes déjà demandé)
Voici la réponse.

Dieu venait de finir le Monde.
(oui bon désolée hein, c'est pas de ma faute si Darwin ne s'est jamais invité dans les contes africains, ni même occidentaux, d'ailleurs)
Tout était à sa place, les rivières et les océans, les dunes de sable et les montagnes, les forêts et les jungles, les animaux, les arbres, les plantes et les fleurs... Et tout était parfait. Ou presque.
Car il faut savoir qu'à l'époque, les animaux n'avaient pas de queues. Or, les Mouches n'arrêtaient pas d'aller emm... asticoter les autres animaux : ceux-ci, dépourvus de queues, ne pouvaient que fuir les Mouches, ou subir passivement leurs vrombissants et incessants assauts.
Les Mouches se marraient comme des Baleines (oui, non, enfin... bon), mais les autres animaux, eux, ils étaient au bord du petit-suisside.

"Ça suffit, camaraaades !" s'écria Gégé, l'Ours syndicaliste de la bande (note : en effet, il n'y a pas d'Ours syndicaliste dans le conte africain d'origine).
Les animaux, qui entretemps s'étaient réunis en AG dans la forêt, n'avaient de cesse de se plaindre des Mouches qui leur pourrissaient l'existence. Ils décidèrent d'aller voir Dieu (facile : Gégé, cadre du syndicat, avait quelques contacts dans les hautes sphères) pour lui soumettre leur problème de Mouches, et lui demander de l'aide.

Après avoir reçu et écouté la délégation d'animaux, Dieu prit un court instant pour réfléchir (il réfléchit très vite, c'est Dieu, il a un skill de ouf) puis annonça :
"- Écoutez-moi, j'ai la solution : dans une semaine vous reviendrez ici et je vous donnerai des queues !
- Des queues ??! demandèrent les animaux.
- Oui oui, des queues ! Z'allez voir c'est vachement sympa : c'est comme une liane que vous pourrez diriger et agiter en tous sens pour chasser les Mouches !
- Trop fort, chef !" répondirent les animaux, et hop : rendez-vous était pris la semaine suivante (le temps de créer quelques magnifiques modèles) pour la fameuse distrib' générale de queues.

Le Jour J, ou plutôt le Jour Q(ueue) arriva.
Tous les petits et grands, jeunes et vieux animaux s'étaient donné rendez-vous Place de la République à 14h, au carrefour de la Forêt de l'Intersyndicale Poilue et de l'Abîme du Consensus, pour aller tous ensemble à la distrib' de queues.
Tous... sauf le Lapin, qui lui roupillait tranquille dans son hamac, loin du boucan du camion-sono du cortège qui beuglait :
"Qu'est-ce qu'on a ?
Des droits !
Qu'est-ce qu'on veut ?
Des queues !"
(tsss... à croire que c'est le NPA qui s'occupait déjà des slogans à l'époque)

Enfin bon voilà, y'a tout le monde qui part à la distrib' de queues, et l'autre feignasse de Lapin il reste là à faire la sieste...
Un groupe d'animaux cagoulés et tout de noir vêtus - qui, on ne sait pour quelles raisons... s'était éloignés du cortège principal et passaient non loin de là, bières à la main et pavés dans le sac à dos - tente de l'avertir :
"- Hé oh compagnon Lapin ! Réveille-toi ! C'est l'heure de la distrib' de queues !
- Ouais ouais ! Partez devant, j'arrive !" répondit le Lapin en somnolant.

Un deuxième groupe d'animaux - qui tapaient frénétiquement sur des djembés et jonglaient avec des quilles, tiens donc, des hippies - passe par là :
"- Bah alors camarade Lapin, qu'est-ce que tu fous ?! Allez viens avec nous chercher ta queue !
- Pour sûr je viens ! Laissez-moi deux minutes, je vous rejoins." dit le Lapin en se rendormant.

Un troisième groupe d'animaux passe. Fait étrange, ils sont habillés tout en bleu marine et portent une tenue anti-émeute :
"Contrôle d'identité ! Debout là-dedans, et qu'ça saute !"
À ces mots, le Lapin bondit de son hamac et s'enfuit à toutes jambes (oui oh, à toutes pattes, on va pas chipoter), esquivant de justesse un tir spidermanesque de Taser. En chemin, il croise tous ses amis les autres animaux, ornés de magnifiques queues toutes plus belles les unes que les autres ! Des queues en tire-bouchon, des queues en panache, des queues basses, des queues hautes, des queues poilues, des queues toutes nues...
"Merde, la distrib' de queues !!" se souvient alors notre petit Lapin, et il bondit de plus belle, espérant ne pas arriver trop tard.

Mais... trop tard.
Lorsque le petit Lapin arrive, tout le monde est déjà parti rendre les camions de location de la manif, et la distrib' de queues est finie depuis longtemps.
Il ne reste que Dieu, qui est là à passer le balai.
(car les aspirateurs n'existaient pas encore, pas plus que les techniciens de surface en contrat précaire)

"- Je sais, je suis très en retard... mais ne reste-t-il plus rien ? demande le Lapin.
- Non, plus rien du tout. Ca a été la razzia ! Comme sur le stand de bières au chanvre à La Fête de l'Huma. Désolé mon p'tit gars." répondit Dieu.
À ces mots, notre pauvre petit Lapin explose de tristesse et de désespoir :
"Bouuuhooooouuhouuuhhaaaaaaaahhaaaaâââââhhhh !! (snurfl) Tout l'monde a une queue sauf moooooooooiiiiiiiiii.... (re-snurfl) Qu'est-ce que je vais faaaiiiiiiire maintenant ?..... Naaaaaaaaaann......!!!!!!! (snif snif snurfl)"

Le cœur de Dieu est touché (et ses tympans vrillés) :
"Mon pauv' petit bonhomme... mais on t'avait prévenu qu'il fallait être là à la distrib' de queues ! Tsss... Bon, t'en fais pas, j'vais essayer de te dégoter quelque chose va !"

Et Dieu se met à fouiller, fouiner, farfouiller partout à la recherche de quelque chose qui pourrait faire office de queue pour notre petit Lapin. Il s'avère que les animaux avaient tous laissé des poils en passant - c'était la cohue là-dedans pendant la distrib' de queues - et il y en avait quelques touffes de-ci de-là, coincées entre les planches en bois de la case.
Dieu entreprit de les ramasser, les réunissant soigneusement, et se frottant les mains, en fit une boule. Il attrapa le Lapin par les oreilles (d'où une légère excroissance de cette zone depuis - c'est que Dieu a la main lourde parfois), puis lui colla cette petite boule de poils touffue au derrière.

"- Mais je vais jamais réussir à me débarrasser des Mouches avec ça ?! rétorqua le Lapin.
"- Oh hé ! Ben tu utiliseras tes oreilles, voilà ! Déjà que t'étais grave en retard à la distrib' de queues, maintenant que t'en as une tu vas pas te plaindre !"
Le Lapin baissa la tête et fronça les sourcils ; il était terriblement déçu, un peu humilié, et surtout en colère. Imaginez-vous : dans l'affaire, il avait gagné des oreilles démesurées, et la plus petite queue du monde... y'avait de quoi l'avoir mauvaise, pour sûr.
Mais il savait que Dieu avait raison - sur ce coup-là. Le Lapin se raisonna, et comprenant qu'il était seul responsable de son malheur, il finit par remercier Dieu pour son geste.
Puis il s'en retourna chez lui, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, bondissant gaiement avec sa jolie petite queue touffue au cul.

Et c'est ainsi que depuis, tous les Lapins une petite boule de poils touffue en guise de queue !



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"Si une patte de lapin porte bonheur, qu'a-t-il bien pu arriver au lapin ?"
Jean-Loup Chifflet, extrait de Réflexions faites... et autres libres pensées