Affichage des articles dont le libellé est Je les aime. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Je les aime. Afficher tous les articles

mercredi 31 juillet 2013

La Douleur, La Nuit, et des Citations

J'aime la nuit. Sa quiétude, son silence. Les angoisses et les peurs de l'enfance à qui elle rouvre ses portes. Les secrets qu'elle protège. Les douleurs sur lesquelles elle dépose une paradoxale, à la fois vive et douce lueur.

J'ai grandi avec une maladie très douloureuse. J'ai grandi avec la douleur. Autrement dit, j'ai grandi avec la nuit. Car on n'a jamais aussi mal que la nuit : la nuit, avoir mal on n'a que ça à faire. Ça vous empêche même de dormir.
En journée, la lumière vive du soleil ou des éclairages artificiels, le bal chaotique des activités humaines occupent notre temps, nos pensées, nos cerveaux.
La nuit, c'est différent.
La nuit, on est disponible pour la douleur. Elle le sait. Elle attend son heure.

Avoir (très) mal la nuit est une étrange expérience. Un voyage aux confins du corps et de l'esprit, d'une amère lucidité et de douces rêveries. En particulier à l'hôpital.
Le voyage commence presque toujours de la même façon.

La nuit arrive. Le sommeil... non. La douleur l'en empêche.
On essaie de se divertir, de regarder la télé, de jouer à des jeux vidéo, de lire. De se concentrer sur autre chose. La douleur l'empêche.
S'ouvrent alors deux voies.

L'une consiste à combattre la douleur ; on lui envoie un direct de tramadol, un uppercut de codéine, un headshot de morphine. Mais la douleur ne s'avoue pas facilement vaincue. Avant de disparaitre, elle nous attrape dans une ultime étreinte et nous précipite avec elle dans d'étranges abysses de la (l'in)conscience qui ressembleraient presque au sommeil. Ou au pays d'Alice.
Et parfois, à Silent Hill.

L'autre consiste à l'accueillir. Apprendre à la connaitre. La méditer, la vivre. Accepter son invitation à danser, à divaguer, à penser, à rêver éveillé. 
La nuit est là, prête à nous border. Le retard de sommeil fatigue. La douleur fatigue. On devrait dormir. On en a envie. On en a besoin. Et on ne peut pas. On s'épuise, mais pas tout à fait. Tout ceci créé une sorte de "bulle", dans laquelle on est prisonnier, mais dans laquelle il est aussi agréable de flotter.
C'est difficile à expliquer.

On est seul, dans la pénombre, dans le silence, à fixer le plafond ou un rayon de lune. Et on a MAL. Une douleur qui irradie, qui conquiert de nouveaux territoires, ou au contraire qui fait des attaques ciblées, mais quoi qu'il en soit elle ne nous lâche pas. 
Et là, on redécouvre son corps.
Celui auquel on ne fait pas attention la plupart du temps ; puisqu'il va bien, pourquoi s'en préoccuper ? Ce n'est que lorsqu'il va mal - lorsqu'il fait mal - qu'on se pose des (sérieuses) questions à son sujet. Alors on s'informe ; on se représente le chemin de la douleur ; on l'intègre à son schéma corporel. On apprend à connaitre la douleur, à les différencier - les douleurs sont une famille nombreuse, à comprendre pourquoi elle est là. À comprendre ce qu'elle nous dit.
On apprend son langage. On découvre son univers. Un univers qui devient le nôtre, qu'on le veuille ou non, car la douleur et nous partageons le même territoire - notre corps, le même moment - le présent, et la même gardienne de notre intimité - la nuit.

Et on pense. On pense, on pense, on pense, on ne fait que ça. On n'a que ça à faire, remarquez. L'atmosphère particulière de la nuit, l'absence de distractions, l'immobilité (si on bouge, ça fait encore plus mal), la douleur, l'état second dans lequel tout ceci nous plonge - cette fameuse "bulle" dans laquelle on se laisse flotter - est propice aux réflexions, aux pensées. Pendant que le monde dort, notre cerveau carbure.
On pense à la douleur, d'abord. Puis de pensées en rêveries, de réflexions en divagations, on se met à penser à tout, à rien, toujours en compagnie de la douleur ; on refait le monde, comme deux vieux potes de l'armée. On ressasse le passé, ce qu'il aurait pu se passer, ce qu'il aurait dû se passer, les regrets laissent place à d'infinis scénarios dans autant de réalités alternatives ; on pense l'instant présent, rendu aigu par la douleur ; on pense à tout à l'heure ; on pense au futur. On pense on pense on pense.
On panse, aussi. Ses vieilles blessures. Ses peurs, ses angoisses, ses frustrations, ses craintes.

Et puis vient l'aube. La bulle éclate. 
La magie s'évanouit. On voit les premiers rayons du soleil. On entend les premiers bruits de pas. Le jour, les gens. La douleur se fait plus laide, plus banale. Comme ces coups d'un soir dont on s'aperçoit, trop tard, qu'ils ne sont séduisants que dans la pénombre d'un bar. 

La nuit nous manque déjà. Heureusement, elle reviendra.




~ En quelques citations ~

« Comme la nuit paraît longue à la douleur qui s’éveille. »
Horace, Épitre à ma soeur sur ma convalescence

« Si tu as peur de la mort, n’écoute pas ton cœur battre la nuit. »  
Paul-Jean Toulet, Les Trois Impostures

Et pourtant : « Pour celui qui a souffert toute la nuit, l’aube est toujours décevante. » 
Robert Mc Liam Wilson, La Douleur de Manfred

« La nuit est comme un sanctuaire, elle porte à l'intimité. » 
Jacques Ferron, La Confiture de coings et autres textes

« Car l’on ne voit profondément que dans la nuit profonde. »
Denys Gagnon, Chants et silences des trois créatures

jeudi 30 mai 2013

J'aime : quand Canard PC fait son auto-critique

L'humour et la dérision n'ont pas leur pareil pour se déjouer de divers diktats ; notamment ceux du politiquement correct et de la bien-pensance, lesquels sont parfois instrumentalisés à des fins peu glorieuses.

Canard PC, accusé notamment de sexisme par une poignée de féministes en quête de nouveaux moulins à vent à combattre, a répondu à ces accusations par une auto-critique publiée dans leur journal. Je vous laisse la (re)découvrir, et la savourer.

(yakacliké pour voir l'image en plus grand format)


Pour les handicapés du clic ou de l'agrandissement d'image - par exemple les personnes utilisant leur téléphone mobile comme planche de surf sur le web - voici le texte :

« À la suite de notre dossier Sexisme et jeux vidéo, quelques voix se sont élevées pour nous indiquer que Canard PC avait encore beaucoup de travail à faire dans le registre de l'égalité entre les genres. Certains ont même eu recours à une brillante démonstration mathématique prouvant qu'avec environ 6 pages écrites par une femme sur une grosse soixantaine de rédactionnel dans ce numéro précis, nous étions bel et bien dans la reproduction du schéma patriarcal le plus crasse. Pris la main dans le sac de l'ignominie, il nous était difficile de nier. Par conséquent, nous avons décidé de nous livrer à une autocritique globale. Puisque le sujet du sexisme a déjà été abordé, attaquons-nous d'abord à la question de la diversité ethnique.

Au premier coup d'œil, la rédaction de Canard PC est uniformément blanche et nous le regrettons amèrement. En étudiant de manière approfondie les arbres généalogiques des employés, la situation nous est apparue bien plus grave... Le gros de nos troupes est composé de Bretons, Parisiens et Savoyards. Nous avons bien un demi-Corse, un Finlandais, un gitan tentant de se faire passer pour un italien et une descendante de malgaches à la cinquième génération ayant suffisamment honte de ses racines pour être blonde aux yeux bleus, mais ce n'est pas brillant.
Au final, notre plus grande fierté est notre 0,75 arabe composé à partir de deux rédacteurs importants (un demi-Algérien et un quart de Tunisien). Mais, même avec le regard le plus optimiste, tout cela reste bien peu. Reconnaissons-le, Canard PC, non content d'être sexiste, se révèle aussi profondément raciste.

La situation religieuse est encore plus préoccupante : l'immense majorité des employés se définit comme athée de culture catholique. Parmi les exceptions, on notera la présence d'un catholique pratiquant, d'un athée de culture musulmane ainsi que d'un « Païen adorateur des Dieux Crépusculaires de Jyväskylä ». Tout cela est désolant, mais il y beaucoup plus grave : nous avons été outrés de constater que la seule personne de confession juive à Canard PC se trouve être un de nos actionnaires ! Voilà qui prouve bien que, non content de mépriser la diversité religieuse, Canard PC se paie aussi le luxe de se vautrer dans les clichés antisémites les plus nauséabonds.

Même constat du point de vue sexuel : sur la quinzaine de personnes sommées de préciser leur orientation sexuelle sous peine d'être renvoyées pour faute grave, la majorité de nos troupes s'est définie comme hétérosexuelle. Et en dehors d'un asexuel auto-proclamé et de deux employés ayant avoué une petite période bi à la fac, rien que du majoritaire, du quelconque et de l'oppresseur. Remarquez, s'il y a un sociologue qui pourrait me confirmer que deux bi ça fait bien un homo, ça m'arrangerait pour mes chiffres.

Heureusement, niveau handicap, on assure grave ! On dénombre pèle-mêle une victime de la maladie de Crohn, un individu privé de stéréoscopie, deux Asperger, un maniaco-dépressif léger, un dépressif chronique, un toxicomane, un migraineux extrême, un furry, deux obèses et un tas de gens trop maigres pour survivre à une disette mineure. Alors, les oppresseurs neuro-typiques et gravures de mode, on fait moins les malins ?

On conclura sur une surreprésentation des roux, occupant tous les postes de pouvoir (directeur de publication, rédacteur en chef de Canard PC Hardware, secrétaire de rédaction...), avant de vous inviter à nous contacter si vous appartenez à une minorité non représentée chez Canard PC. En particulier si vous appartenez à plusieurs minorités à la fois. En effet, on n'a pas une masse salariale infinie non plus.

Omar Boulon »


---
"Ayez le culte de l'esprit critique."
Louis Pasteur


---
Canard PC c'est un site internet, un magazine, un compte Twitter : @Canardpcredac et n'oubliez pas Canard PC Hardware. Ah, et Canard PC évoque aussi les jeux vidéo sur consoles - comme quoi Canard PC n'est pas si raciste.

samedi 19 janvier 2013

Einstein et Dieu - le choc de la raison contre la croyance

Il me semble nécessaire de remettre les pendules à l'heure (malgré la relativité du temps et de l'espace, soit) sur ce que pensait Albert Einstein à propos de la religion, car quelques activistes croyants (notamment des créationnistes) essaient de donner de la crédibilité à leurs revendications en faisant passer d'illustres sommités - dont Einstein - pour des croyants, ce qu'Einstein n'était PAS.

Alors rendons Jules ce qui appartient à César, et fissa.


Une lettre inédite d'Albert Einstein au philosophe Eric Gutkind, datée du 3 janvier 1954, apporte un démenti formel à tous ceux qui voudraient faire passer Einstein pour un croyant. Un an avant sa mort, il y affirme que l'idée de Dieu est née de la faiblesse humaine et qualifie la Bible d' "infantile". Dans Comment je vois le monde (1934) on retrouve également plusieurs propos contre la religion et des propos anti-militaristes, entre autres (oui, des juifs anti-militaristes ça existe, n'en déplaise au Hamas - et au Betar - comme quoi ces deux là peuvent s'entendre finalement).

« Ce que vous avez lu sur mes convictions religieuses était un mensonge, bien sûr, un mensonge qui est répété systématiquement. Je ne crois pas en un Dieu personnel et je n’ai jamais dit le contraire de cela, je l’ai plutôt exprimé clairement. S’il y a quelque chose en moi que l’on puisse appeler "religieux" ce serait alors mon admiration sans bornes pour les structures de l’univers pour autant que notre science puisse le révéler. » (Albert Einstein, Albert Einstein : le côté humain édité par Helen Dukas et Banesh Hoffman, lettre du 24 mars 1954)
« Le mot Dieu n'est, pour moi, rien d'autre que l'expression et le produit de la faiblesse humaine. (…) La Bible est une collection de légendes et de contes de fées, certes honorables mais primitives et infantiles » (lettre du 3 janvier 1954)
(NDLR : il avait évidemment tort à propos des contes de Fées :D)

« Définissez-moi d’abord ce que vous entendez par Dieu et je vous dirai si j'y crois. » (Albert Einstein)
« Il n'existe que deux choses infinies, l'univers et la bêtise humaine... mais pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue. » (Albert Einstein)
« Ceux qui aiment marcher en rangs sur une musique : ce ne peut être que par erreur qu'ils ont reçu un cerveau, une moelle épinière leur suffirait amplement. » (Albert Einstein, Comment je vois le monde, 1934)
« Pour être un membre irréprochable parmi une communauté de moutons, il faut avant toute chose être soi-même un mouton. » (Albert Einstein, Comment je vois le monde, 1934)
« Je ne peux pas imaginer un Dieu qui récompense et punit l'objet de sa création. Je ne peux pas me figurer un Dieu qui récompense et punit l'objet de sa création. Je ne peux pas me figurer un Dieu qui réglerait sa volonté sur l'expérience de la mienne. Je ne veux pas et je ne peux pas concevoir un être qui survivrait à la mort de son corps. Si de pareilles idées se développent en un esprit, je le juge faible, craintif et stupidement égoïste. » (Albert Einstein, Comment je vois le monde, 1934)
« À force de lire des ouvrages de vulgarisation scientifique, j'ai bientôt eu la conviction que beaucoup d'histoires de la Bible ne pouvaient pas être vraies. La conséquence a été une véritable orgie fanatique de libre pensée accompagnée de l'impression que l'État trompe intentionnellement la jeunesse par des mensonges. C'était une impression écrasante. Cette expérience m'a amené à me méfier de toutes sortes d'autorité, à considérer avec scepticisme les convictions entretenues dans tout milieu social spécifique : une attitude qui ne m'a jamais quitté, même si par la suite, parce que j'ai mieux compris les mécanismes, elle a perdu de son ancienne violence. » (Albert Einstein)

---
"Dieu lui-même n'est pas sans péché puisqu'il a créé le monde."
Proverbe bulgare

vendredi 26 octobre 2012

Radical Girl Power : ça c'est d'la meuf ! - Femmes, je vous aime

Ah, les femmes.


Sans vouloir m'adonner au sacro-saint victimisme qui contamine la plupart des mouvements féministes (hop, voici un antidote efficace), force est de constater que les femmes - ici ou ailleurs - en prennent plein la tronche. Et ce, uniquement parce qu'elles sont des femmes.

Menacées ; mariées ou embrassées sans qu'on leur demande leur avis ; frappées ; forcées à la prostitution ; opérées pour se faire "reconstruire" une virginité ; excisées ; à la rue ; ghettoïsées ; insultées ; violées ; tuées à coup de fusil ou avec une petite masse... les femmes n'ont que rarement la vie rose bonbon de petite princesse à laquelle on les entraine pourtant dès leur plus jeune âge.

Même devant leurs fourneaux, elles ne sont plus à l'abri. En famille non plus : gare au "repassage des seins", preuve - s'il en était encore besoin - que les supplices imaginés par le Marquis de Sade ont un enivrant parfum d'universalité.

Devant la justice, les femmes se trouvent aussi souvent démunies : une femme violée est poursuivie pour "atteinte à la pudeur", en cas de viol les verdicts sont parfois dérisoires, et globalement les femmes sont considérées comme coupables de ce qui leur est arrivé (quand c'est pas Dieu qui l'a voulu, évidemment...), qu'il s'agisse de viol ou de suicide suite à un harcèlement. 


Face à un environnement si hostile, certaines femmes sont tentées de se résigner, ne pas réagir, serrer les dents. Encaisser. Parfois même, avec le sourire.
D'autres choisissent de se soumettre, de s'en remettre à un pseudo "ordre naturel" sexiste des choses, dans lequel les hommes et les femmes ont des rôles prédéfinis bien précis, complémentaires et non égaux ; elles se choisissent un maitre ultime et tout puissant à qui obéir.


Pourtant, d'autres méthodes existent !, comme en témoignent ces petites histoires de bonnes femmes... :

* « Une jeune Iranienne réprimandée par un mollah pour sa tenue indécente a roué l’homme de coups, l’envoyant pour trois jours à l’hôpital »


« elle lui a tiré dessus à plusieurs reprises avec un fusil avant de le poignarder à l'abdomen et de le décapiter. Cette mère de deux enfants a ensuite jeté la tête de sa victime sur la place de son village »

« Le 5 juin, elles étaient environ 300 à marcher en direction de l’aéroport, suivant de près une autre manifestation de jeunes (...) les femmes ont été prises à partie dès leur arrivée dans le centre-ville.
Mais elles ne se sont pas laissées faire : "Les femmes déclenchent aussitôt une intifada. Les jets de pierres par les marcheuses déclenchent les coups de cravache par Ansar Dine. Quatre femmes sont blessées légèrement mais la cruauté de la police islamique décuple la détermination des femmes qui intensifient la lapidation" »

Aaaaah ! Ça c'est d'la meuf !
Femmes, je vous aime.





---
"Les femmes qui savent se défendre sont surtout celles qui ont été beaucoup attaquées."
Tristan Bernard

"La torture interroge, et la douleur répond."
François Raynouard

lundi 2 juillet 2012

Ça s'en va et ça revient... une histoire de tramway, et de gâchis

"Ça s'en va et ça revient, c'est fait de plein de temps et d'argent gaspillés pour rien..." aurait pu chanter Cloclo à propos des tramways.
Car les tramways c'est super bien, mais on ne peut pas en dire autant des politiques de transport public qui les ont mis en place, puis fait disparaitre, puis fait remettre en place...

J'adore les tramways. Enfin pas tous... j'aime les tramways modernes à plancher bas. Pour la simple et bonne raison que les tramways (à plancher bas) sont LES SEULS transports publics accessibles aux fauteuils roulants. 
Certains diraient que mon avis est partial, parce que je suis en fauteuil roulant justement. 
Oooooh, les mauvaises langues. Mon avis sur les tramways n'est pas plus partial que l'avis des riches soutenant les plans d'austérité, que l'avis d'Areva sur l'énergie nucléaire, que le soutien de Sarkozy à son fils pour la présidence de l'EPAD, ou que l'avis de Valérie Trierweiler sur le second tour des élections législatives de La Rochelle.

J'ai un avis tout aussi "impartial" sur les autres modes de transport public : le bus, le train, le métro, le RER, c'est de la merde. Un transport public qui n'est pas adapté aux fauteuils roulants, aux poussettes, etc... bref un transport public qui n'est pas adapté au public, je n'en vois pas l'intérêt.

Tout comme je ne vois pas l'intérêt d'avoir développé le tramway dès la moitié du 19ème siècle, pour ensuite le détruire, et pour finalement le remettre sur rails. Parce que figurez-vous que développer le tramway ça a coûté des sous, abandonner le tramway (et donc désinstaller tout ce qui avait été installé, les rails etc) ça a coûté des sous, et bien sûr : re-développer le tramway ça coûte aussi des sous.
Alors tant qu'à faire, on aurait pu éviter de perdre de l'argent, et du temps, en laissant en place le réseau de tramway qui existait déjà et en l'améliorant.

Mais noooooon, c'eut été trop simple... Mieux vaut s'adonner au "présentisme" qu'à des visions à long terme, et mieux valait donc abandonner le tramway et défigurer les villes pour les adapter aux voitures et aux autres transports en commun (eux-mêmes adaptés à personne), pour finalement se rendre compte à peine 30 ans plus tard que c'était une grossière erreur et faire machine arrière.
Ben voyons.

Voyez-vous, c'est tout à fait le genre de manie des humains qui m'horripile : inventer une chose utile, et la mettre au rebut. Le tramway, le code Morse, le Minitel... aux oubliettes. Comme si les humains et leur légendaire capacité de destruction pouvaient s'offrir le luxe de jeter à la poubelle les rares bonnes idées qu'ils ont. Non mais j'vous jure.

Bref...
Retour sur l'histoire du tramway, ce fabuleux transport public très beaucoup bien alors que les autres transports en commun ils sont très beaucoup nuls.
(et mon avis sur ce sujet est, je vous le rappelle, pas du tout partial...).


Un tramway, place du Lieutenant Aubert à Rouen. 1951.

Le mot « tramway » provient de l'anglais tram-way composé de tram (rail plat) et de way (voie, route).


La naissance du tramway 
 
Les premiers tramways sont apparus aux États-Unis durant la première moitié du 19ème siècle, ils sont alors tractés par des animaux, en général des chevaux. Ils circulent dès 1832 à New York, et en 1834 à La Nouvelle-Orléans. Le premier tramway en France est construit dans le département de la Loire sur la route entre Montrond-les-Bains et Montbrison. Long de 15 kilomètres, il est mis en service dès 1838.

Le tramway se développe alors dans de nombreuses villes d'Europe (Londres, Berlin, Paris, Milan, etc...).
La traction mécanique est rapidement développée : à vapeur dès 1873, à air comprimé (système Mékarski) et à eau surchauffée (système Francq) dès 1878, puis tramways électriques à partir de 1881 (présentation de la traction électrique par Siemens à l'exposition internationale d'Électricité de Paris).
La modernité technique que représente l'électricité facilite son adoption rapide, une fois que les difficultés liées à la production et au transport de l'électricité furent résolues. 

Le premier tramway électrique est mis en exploitation à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine) en 1885, tandis qu'en Suisse, la première ligne (Vevey-Montreux-Château de Chillon), sur la Riviera vaudoise, est ouverte en 1888. En France, il circule pour la première fois à Clermont-Ferrand en 1890.


L'Âge d'Or du tramway

Le tramway connaît un essor considérable du début du 20ème siècle jusque dans la période de l'entre-deux-guerres, avec la multiplication des lignes et l'accroissement du nombre d'usagers : c'est alors le principal moyen de transport urbain, et il se développe même en zone inter-urbaine. En 1930, le tramway de Strasbourg comptait 234 km de lignes pour 170 000 habitants.

En Amérique du Nord, Montréal se distingue par l’avant-gardisme de la Compagnie des Tramways de Montréal, qui introduit de nombreuses innovations tant technologiques que concernant l'exploitation, comme les premiers tramways articulés et les premiers tramways panoramiques. À son apogée en 1933, le réseau de tramway montréalais atteignait 510 km.


L'abandon du tramway

Le développement de la vente de véhicules individuels entraîne la disparition rapide du tramway à partir des années 1940-1950. Les pouvoirs publics investissent alors surtout dans des infrastructures routières et autoroutières, destinées à une automobile désormais perçue comme "la marque du progrès".
(et en un sens, ils n'avaient pas tort : la voiture est un indéniable progrès en matière de pollution et d'embouteillages ; avant, à cheval, pour aller de l'Ouest de Paris à l'Est de Paris on mettait une heure et demie, et de nos jours avec la bagnole et les bouchons on met une heure et demie : bref, le progrès...)

La priorité donnée aux aménagements routiers est illustrée par les propos de Georges Pompidou qui déclare en 1971 que « la ville doit s'adapter à la voiture ». (et une ville adaptée aux êtres humains, ça vous intéresse pas ? Hein ? Non mais je dis ça, je dis rien...)
Les réseaux de tramways ne sont plus entretenus ni modernisés, ce qui achève de les discréditer aux yeux du public. Les anciennes lignes, considérées comme « archaïques », sont alors peu à peu détruites.

Les réseaux de tramways disparaissent presque totalement d'Amérique du Nord, de France, de Suisse romande, des îles Britanniques et d'Espagne.
En revanche, ils sont maintenus – et dans certains cas modernisés – en Allemagne, en Autriche, en Belgique, en Italie, aux Pays-Bas, en Scandinavie, en Suisse alémanique, au Japon et dans toute l'Europe de l'Est.
En France et en Suisse romande, seuls les réseaux de Lille, de Saint-Étienne, de Marseille, de Genève et de Neuchâtel survivent à cette période, mais ils sont réduits chacun à une ligne unique.
Au Canada, seule la ville de Toronto garde son réseau de tramways au centre-ville, à la suite de pressions des citoyens.


La renaissance du tramway

Le choc pétrolier de 1973 et les problèmes croissants de congestion urbaine entraînent, en France et ailleurs, une réorientation des politiques de transport vers les transports publics de masse.
Tandis que le métro est privilégié à Lyon et Marseille qui l’inaugurent en 1978, le renouveau du tramway en France intervient avec le concours lancé par le secrétaire d'État Marcel Cavaillé en 1975.
Il s'agit alors d'un concours pour définir le futur tramway standard français devant équiper huit villes : Bordeaux, Grenoble, Nancy, Nice, Rouen, Strasbourg, Toulon et Toulouse. L'industrie française ne se mobilise pas beaucoup pour ce concours reprenant des principes alors considérés comme « vieillots ». C'est Alsthom (aujourd'hui Alstom) qui est retenu et il est alors demandé à 8 villes d'étudier l'implantation du tramway. Nantes ne faisait pas partie du panel ministériel, mais elle se porte alors spontanément candidate.

Le projet est mené à son terme mais non sans heurts : il faut non seulement vaincre le scepticisme de la population mais aussi les retournements politiques. Nantes est néanmoins la première ville française à se doter d’un tramway moderne en 1985.
Le tramway de Grenoble inauguré en 1988 apporte comme innovation majeure le plancher bas à 350 mm du plan de roulement sur une importante partie de la rame, rendant ce mode de transport plus accessible aux personnes handicapées, aux poussettes etc... que celui de Nantes (comportant des marches), sans la nécessité de recourir aux quais hauts (cette dernière solution étant préférée en Amérique du Nord).
Ce matériel inaugure le tramway français standard qui est ensuite repris à Rouen en 1994 pour son Métrobus puis sur la Ligne 1 du tramway d'Île-de-France. Grenoble est également la première ville française à coupler la mise en place du tramway avec un projet global de requalification urbaine.

À Paris et en banlieue, le tramway d'Île-de-France avait un important réseau entre 1855 et 1938, et à Versailles jusqu'en 1957.
La première ligne ré-ouverte dans la région est la ligne 1 reliant Saint-Denis et Bobigny en Seine-Saint-Denis en 1992 ; suivront l'ouverture de 3 autres lignes dans le courant des décennies 1990 et 2000. Le début des années 2010 voit d'importants travaux qui mènent à des lignes de tramway complétant le tour de la ville d'Ouest en Est, par le Sud.

Strasbourg couple également tramway, requalification urbaine globale, et remise en cause de la place accordée à l’automobile en ville. Son tramway, inauguré en 1994, offre de larges baies vitrées, et roule sur un tapis d’herbe. Il est le premier à introduire un matériel à plancher bas intégral, ce qui en fait un mode de transport totalement accessible aux personnes en fauteuil roulant, contrairement à tous les  autres modes de transport public (métro, train, bus...).


L'histoire du tramway en France, vue par le ministère du Développement Durable

Je vous la mets (l'histoire, hein, petits canaillous) parce qu'elle est intéressante à plusieurs niveaux.

D'une part parce que, comme vous allez le constater en la lisant ci-dessous, cette histoire du tramway en France vue par le ministère du Développement Durable est bien plus une ode à la décentralisation qu'autre chose. Et forcément, quand on sait le monstrueux caca qu'est la décentralisation ("gérez localement comme vous voulez !" youpiiii ! "mais débrouillez-vous pour les financements !" ah meeeerde...), ça fait bien rigoler. Ça fait rire jaune bon d'accord, mais ça fait marrer quand même. Et par les temps qui courent, rire, même jaune, est un luxe dont on aurait bien tort de se priver.

D'autre part parce que le ministère reconnait - un tant soit peu - les erreurs passées (l'aménagement des villes exclusivement pour les voitures et la destruction du réseau de tramways), et c'est teeeeeellement rare que les politiques reconnaissent leurs erreurs que l'effort mérite d'être salué.
Clap clap. Voilà c'est fait.

Et maintenant, place à cette rocambolesque (més)aventure du tramway en quelques captures d'écran.
Pour lire le dossier complet scribouillé par Le-Ministère-Du-Développement-Durable-Mais-Pas-Trop (voir ici, et là, et là aussi, et par là, et encore un peu par ici), cliquez juste là.



---
"L'économie, qui est la science sociale mathématiquement la plus avancée, est la science socialement la plus arriérée, car elle s'est abstraite des conditions sociales, historiques, politiques, psychologiques, écologiques inséparables des activités économiques."
Edgar Morin, Les Sept Savoirs nécessaires à l'éducation du futur

samedi 25 février 2012

Le vote utile : ils se torchent avec. Et moi aussi.

"Vote utile !" qu'ils disent.
Mais utile à qui ? Certainement pas à la démocratie.

Le tour de la question est très bien fait dans cet article du journaliste Mathieu Deslandes, intitulé "Le vote utile, je me torche avec" et publié sur le site de Rue 89.

Ci-dessous, l'article presque dans son intégralité.
Je vous invite à le consulter sur le site d'origine, à savoir Rue 89 (oui, il faut rendre à Jules ce qui appartient à César, ou un truc comme ça).

Pourquoi le recopier ici, alors ?
Parce que parfois, les articles - quel que soit le site - ne sont plus consultables en ligne : déplacés, supprimés, censurés, "perdus" dans les confins de l'hyperespace Internétien. Et ce serait rudement con que cet article se perde, vu qu'il est super bien - mais si, grave.

Sur ces bonnes paroles, revenons-en au fait : le "vote utile", c'est moche.



« Le vote utile, je me torche avec »

 

La menace d'un nouveau 21 Avril n'y fera rien : ils ne cèderont pas à la pression du vote utile. Ces électeurs de tous âges nous expliquent pourquoi.

Ils n'en peuvent plus. Dès qu'ils discutent de la présidentielle, il se trouve toujours un collègue, une demi-sœur ou « les médias » pour leur faire la morale et les encourager à voter "utile". C'est-à-dire François Hollande, quand on est un électeur de gauche – même si les autres candidats ont tellement intégré cette injonction qu'ils prétendent tous que « le vrai vote utile », c'est eux.
« Utile » ?
« Quand on m'en parle, je réponds : le vote utile, je me torche avec », raconte Alex, 38 ans, producteur à Paris. Olivier, 48 ans, un gérant d'Arras que seul Nicolas Hulot avait réussi à enthousiasmer, vomit cette « obligation des bien-pensants ». Et quand Maxime, 57 ans, entend cette expression, il « ne [se] sen[t] plus en démocratie ». Eleveur dans le Limousin, il supplie :
« Ne me forcez pas la main ! »

« Je n'irai pas sauver la République »

Ces trois hommes constatent autour d'eux que la pression en faveur du vote utile émane souvent « des jeunes ».
Une question d'expérience ? Si Sophie, 18 ans, explique que le vote utile lui semble « malheureusement nécessaire pour pouvoir voter à gauche au deuxième tour », Christine, 55 ans, estime qu'elle a passé l'âge de sacrifier sa liberté : « Je voterai comme je veux. » Mélenchon, « probablement ».
Mais le bon critère n'est sans doute pas tant l'âge que le degré de politisation. Pierre, 26 ans, enseignant qui milite à Sud, refuse ce qui lui apparaît comme une « négation de la démocratie, le renoncement à toutes ses aspirations pour la logique du moins pire ». Il dit :
« Si le FN et l'UMP sont au deuxième tour, je ne me déplacerai même pas. Que l'on ne compte pas sur moi pour soutenir un parti qui s'acharne à détruire la vie de millions de travailleurs, qui méprise jusqu'à la notion même de vote – je pense à l'épisode du traité de Lisbonne – et qui s'affiche ouvertement xénophobe.
Non, je n'irai pas sauver la République car il y a bien longtemps que celle-ci ne sauve plus grand monde, excepté ses élites. »

« On a voté Chirac en se bouchant le nez »

Journaliste à Paris, Henri, 30 ans, est d'accord : « Le vote utile, c'est une manière de fermer le débat politique. Ça empêche la discussion sur les sujets de fond en mettant une forme de pression. » Lui a donné sa voix à José Bové en 2007, à Arnaud Montebourg à la primaire socialiste.
Certains ont eu l'impression de s'être déjà deux fois fait « voler » leur vote. En 2002, évidemment. Et en 2007, animés par la peur ou la culpabilité rétrospective. Nicolas, documentaliste :
« Mes copains ont voté Chirac en se bouchant le nez et cinq ans plus tard, Royal en serrant les dents. Ça nous arrachait la gueule, elle représentait tout ce qu'on détestait. Et elle s'est vautrée. »
Il explique qu'il ne veut pas se faire avoir trois fois. Le 22 avril, il votera « à gauche de la gauche ». Selon ses convictions. Même détermination chez Bernard. Cet ingénieur arlésien à la retraite a choisi un « vote utile pour la France », François Bayrou.


Sélection des candidats par les sondages

On les invite à soutenir Hollande pour être sûrs de « battre Sarko » ? Ils rêvent d'un vote d'adhésion, pas d'un choix par défaut. Et se désolent que l'élection la plus importante soit celle où ils s'expriment avec le moins de sincérité.
Il y a chez eux la volonté de prendre la promesse démocratique au pied de la lettre. Ils soulignent que les appels au vote utile découlent d'une présélection des candidats « par les instituts de sondage et les médias ».
Ils considèrent qu'on ne peut pas proclamer que des candidats sont libres de se présenter et que les électeurs sont vraiment libres d'exercer leur choix si l'on accepte d'entrer dans ce jeu-là.
« Prétendre que des choix sont inutiles révèle un mépris pour les options alternatives qui me fout les nerfs », s'énerve Thierry, un VRP lyonnais de 49 ans. Pour lui, tout cela relève d'une « escroquerie intellectuelle et politique ».
Si l'on va au bout de cette logique, autant supprimer le premier tour, suggère Cédric, doctorant en mathématiques appliquées. Car à quoi sert-il, « sinon à justifier les subventions aux petits partis, tout en légitimant les grands, dont on en vient à oublier d'où leur vient cette légitimité » ? 


« La seule solution trouvée par les socialistes »

Frédéric Sawicki, professeur de science politique à Paris-I, rappelle :
« Certes, l'argument avait été utilisé en 1981 pour expliquer aux électeurs communistes que seul le candidat socialiste avait des chances de battre Giscard.
Mais l'importance prise ces dernières années par le thème du vote utile est aussi le signe de la perte de part de marché des deux partis dominants. »
C'est « la seule solution trouvée par les socialistes pour tenter d'obtenir des votes de l'extrême gauche », regrette ainsi Clémentine, 25 ans, assistante d'éducation :
« Plutôt que d'évoquer des propositions convaincantes, ils préfèrent nous rappeler que si ce n'est pas eux, ce sera la droite et que notre choix se résume à cela. »
Et nul doute que l'on retrouvera le discours symétrique chez les responsables de l'UMP s'ils ne parviennent pas à négocier avant l'élection le retrait des « petits » candidats de droite.


---
"La bonne politique est de faire croire aux peuples qu'ils sont libres."
Napoléon Bonaparte

lundi 25 avril 2011

Je vous déteste ! Sauf ceux que j'aime (Alphonse Allais et tant d'autres)

Je déteste l'humanité. Mais vraiment hein. Je la trouve stupide. Dangereusement et cruellement stupide. J'en suis arrivée à un point où je ne supporte plus sa bêtise, son inconscience, sa cruauté, son irresponsabilité, son asservissement (à une religion, à une nation, à un compte en banque, à un chef de service...), son esclavagisme salarial et social "librement" consenti, ses lois et impôts (payer pour habiter sur Terre ? Payer pour produire des richesses ? Re-payer pour en jouir ? Un de ces jours les humains paieront l'air qu'ils respirent ou un impôt sur chacun de leurs battements de coeur), son égoïsme et son arrogance qui s'expriment à travers son incroyable capacité à se croire au-dessus de tout : au-dessus des cycles naturels, au-dessus des autres espèces animales, et même au-dessus de ses propres congénères.

Un exemple tout bête : ceux-celles qui vous lâchent la porte à la gueule...
Ca parait relativement logique, et pas très compliqué, de tenir la porte pour celui ou celle qui passe derrière soi. Même moi qui suis en fauteuil roulant, je la tiens la porte si quelqu'un arrive... Hé ben non, faut croire que pour la plupart des humains, c'est un exercice bien trop difficile : 8 fois sur 10, on vous lâchera la porte en pleine tronche. Et si vous gueulez, tout ce que le fautif (ou la fautive, l'imbécilité n'étant pas l'apanage des seuls mâles) trouve à répondre c'est : "je vous avais pas vu"...
Tiens donc ?!

Bref examen de la personne en question : a priori cette personne n'est ni aveugle, ni malvoyante ni borgne. Elle se tient debout, marche et parle (puisqu'elle vient de répondre "je vous avais pas vu"), ce qui suggère que ses facultés cognitives et locomotrices de base sont intactes.
D'autre part, Dame Nature l'a pourvu d'un champ visuel s'étendant de 60° vers le haut, 70° vers le bas, et environ 90° latéralement voire plus, ce qui correspond à un objectif photographique "grand angle" de 180° (voir le schéma ci-dessous) :

champ visuel humain

Cette personne qui vous a lâché la porte dans la tronche au motif qu'elle "ne vous avait pas vu" dispose en outre, comme la plupart de ses congénères de l'espèce humaine, d'une vision binoculaire gérant la 3D, et d'une tête montée sur pivot (le cou) lui permettant de gagner encore en champ visuel.

Ainsi donc, cette personne dispose de l'acuité visuelle nécessaire, de la coordination des mouvements nécessaires (puisqu'elle peut marcher, c'est qu'elle arrive à coordonner ses mouvements, et en toute logique elle devrait aussi pouvoir tenir la porte), et a priori cette personne dispose aussi des millions de connexions neuronales nécessaires lui permettant d'intégrer ces différentes informations et de prendre les décisions / agir en conséquence.
Autrement dit, cette personne est parfaitement et idéalement faite pour vous tenir la porte.
Mais malgré cela, elle ne l'a pas fait.

Deux explications possibles :

- Soit cette personne est manifestement atteinte de troubles sensoriels ou neurologiques sévères et non diagnostiqués, l'ayant empêché de percevoir les informations de son environnement immédiat et/ou l'empêchant de maitriser la coordination des mouvements nécessaires pour réagir adéquatement (et vous tenir la porte) ;

- Soit elle se fout de votre gueule.
Et doublement : en prétendant ne pas vous avoir vu, et au sens premier du terme : c'est-à-dire qu'elle en a rien à foutre de vous, elle s'en fout que vous vous preniez la porte dans la tronche.

Pareil pour ceux-celles qui ne mettent pas leur clignotant (pourtant, ça coûte pas plus cher de l'utiliser hein !), traversent la rue sans regarder (comme si les voitures avaient le pouvoir magique de stopper net), ceux qui jettent leurs emballages par terre (paquets de clope, bouffe, cannettes...la poubelle à 20 mètres de là semble tellement loin !, c'est pas des Vasco de Gama ni des Christophe Colomb ceux-là, j'vous jure....), pour ceux qui ont inventé les mines anti-personnel, etc...

Du nazillon qui saccage des cimetières juifs ou musulmans aux PDG de Monsanto et de compagnies pétrolières qui saccagent la planète, du garagiste qui rejette tous ses déchets dans les égouts de son quartier aux techniciens qui ont construit une centrale nucléaire près d'une faille sismique, de celui qui se gare sur les places pour handicapés à celui qui fait son business avec le "marché" de la santé, du riche qui refuse de partager ses richesses au prolo qui vote pour "travailler plus", de celui qui tire des missiles depuis son hélico de combat à celui qui vous lâche la porte en pleine gueule, de l'invention des frontières à celle de l'argent, du réveil-matin, du salariat et des bombes nucléaires, tout ça participe de la même dynamique : la connerie. L'absurdité. Profonde, cruelle et grotesque.

Grotesque, car tout ceci n'est pas une fatalité ! Tout est fait pour que les êtres humains vivent autrement.
Leurs rythmes biologiques ; la finesse de leur motricité ; l'endurance et la puissance de leurs muscles ; l'étendue et l'acuité de leurs perceptions ; leur nature d'animal social et leur capacité à coopérer, à rire, à partager ; les millions de connexions neuronales de leur cerveau qui sont sensées leur permettent d'apprendre, de créer, d'inventer, trouver des solutions, ressentir de l'empathie, s'émouvoir, réfléchir, (ré)agir.
Les êtres humains disposent de tous les outils nécessaires à leur bonheur. Ils peuvent se sortir de la merde. Ils peuvent s'entraider. Ils peuvent réfléchir à leur propre condition, s'interroger sur le bien-fondé de leur organisation sociale, être sensibles à l'injustice, se révolter, faire preuve de bon coeur et de bon sens.
Ils peuvent.
Et pourtant, la majorité d'entre eux s'en abstiennent volontiers : réfléchir, se sortir les doigts du cul, se soucier des autres ça les intéresse pas ; même tenir une simple porte quelques secondes est au-dessus de leurs possibilités.
Et bien en toute franchise, pour ces gens là je n'ai aucune pitié : il n'y a pire esclavagiste que celui qui refuse de se libérer lui-même. Et je n'ai aucune estime pour les esclavagistes.


Par contre, par contre... il ne faut pas jeter le bébé avec le placenta ^^ et bien que nombre d'êtres humains soient dangereusement stupides au-delà de la limite cosmique et universelle du tolérable, tous ne sont pas faits du même bois pourri envahi par les termites de l'apathie ou de la cupidité.

Certains humains, rares et précieux, célèbres ou inconnus, défient tout déterminisme social, familial, religieux,  communautaire ou institutionnel : ils sont, souvent dès leur jeune âge, sensibles, curieux, drôles et perspicaces, voire insolents, touchés par les injustices, intelligents (bien que souvent leurs performances scolaires ne s'en ressentent pas, car comme chacun sait l'école n'est pas faite pour apprendre à réfléchir, mais pour apprendre bêtement et former une main d'oeuvre utile, et rentable, sur le marché économique) et autodidactes. Scientifiques sans domaine d'expertise, la vie, le monde et leurs semblables sont le terrain de jeu de leurs observations et expérimentations.
Certains prennent la plume, d'autres le pinceau, d'autres les tribunes, d'autres encore l'épée ; et tous sont pourvus de ce qui fait tant défaut aux autres êtres humains : un cerveau, un coeur, et des couilles.
Et ceux-là, je les aime :)

Il en est ainsi par exemple d'Alphone Allais (1854-1905), journaliste, écrivain, poète, photographe, peintre et humoriste acerbe de La Belle Epoque. Ce touche à tout s'essaya aussi à des travaux scientifiques : travaux sur la photographie couleur, sur la synthèse du caoutchouc, dépôt d'un brevet pour du café lyophilisé... mais c'est principalement pour son humour noir et incisif qu'il est connu.

Fils de pharmacien, il préféra passer son temps sur les terrasses des cafés ou dans les Jardins du Luxembourg. Son père lui coupa les vivres, et Alphonse Allais s'essaya à la photographie (sans grand succès) puis au journalisme, en publiant des chroniques loufoques. A cette époque, il fait également partie de divers groupes fantaisistes et décalés, comme Les Fumistes, Les Hydropathes ou Les Hirsutes. En 1880, après avoir finalement terminé ses études de pharmacie, il devient collaborateur du journal Le Chat Noir puis en devient directeur. Il continue toutefois de publier des chroniques ou des contes pour d'autres revues et journaux. A l'aube du 20ème siècle, il devient rédacteur en chef d'un journal intitulé Le Sourire, et continue à publier de nombreux recueils. Il s'essaya aussi à la politique, faisant partie d'une liste électorale et préconisant la mort de la Bureaucratie :
"L'origine de tous ces mots, citoyens, n'allez pas la chercher plus loin : c'est le microbe de la bureaucratie. Or, on ne parlemente pas avec les microbes : ON LES TUE. (...) Jetons par-dessus bord paperasses et registres, et, avec les ronds-de-cuir de ces incapables, faisons des bouées de sauvetage. (...) Vive la République libre et sans bureaux ! Albert Caperon, dit CAPTAIN CAP"
extraits de l'affiche électorale pour l'élection législative du 20 août 1893

(Le Captain Cap est un  personnage créé par Alphonse Allais dans son livre du même nom)

Il meurt d'une embolie pulmonaire consécutive à une phlébite. Son médecin lui avait bien prescrit un repos total en position allongée, mais Alphonse Allais ne put se résoudre à quitter ses amies de toujours : les terrasses de café ;)  Un jour, alors qu'un ami le raccompagnait à son domicile après une halte au bistrot, il lui dit ceci : "Demain, je serai mort ! Vous trouvez ça drôle, mais je ne ris pas. Demain, je serai mort !" et comme il l'avait annoncé, il mourut le lendemain.
Il fut enterré au cimetière de Saint-Ouen. Ironie du sort, la tombe d'Alphonse Allais (dont nombre des calembours et critiques visaient l'Armée, entre autres) fut pulvérisée par une bombe de la Royal Air Force pendant la Seconde Guerre Mondiale...

Véritable magicien de l'absurde et conteur hors-pair, Alphonse Allais a laissé derrière lui l'image d'un homme impertinent aux réflexions pertinentes, à l'humour acide et aux remarques acerbes.

Voici quelques-unes de ses plus splendides, absurdes et géniales créations ;)

- Alphonse Allais est semble-t-il l'auteur des premières peintures abstraites ; son goût immodéré pour l'absurde se retrouve notamment dans son monochrome "Récolte de la tomate sur les bords de la Mer Rouge par des cardinaux apoplectiques" (ha ha ^^'), présenté au Salon des Arts Incohérents.

- Il est aussi l'auteur de la première composition musicale minimaliste : sa "Marche Funèbre composée pour les Funérailles d'un Grand Homme Sourd" est une page vierge !, car comme chacun sait : les grandes douleurs sont muettes ^^'

- "J'ai toujours remis au surlendemain ce que j'aurais parfaitement pu faire l'avant-veille."

- "C'est l'humanité qui a perdu l'homme. Dire que cet idiot-là aurait pu être le plus heureux des animaux, s'il avait su se tenir tranquille. Mais non... il a inventé la civilisation."

- "La civilisation, qu'est-ce que c'est, sinon la caserne, le bureau, l'usine, les apéritifs, et les garçons de banque ?"

- "J'ai rencontré dans la vie plusieurs animaux pas beaucoup plus idiots que bien des électeurs."

- "L'homme est si peu le roi de la nature, qu'il est le seul de tous les animaux qui ne puisse rien faire sans payer."

- "C'est curieux comme l'argent aide à supporter la pauvreté..."

- "Faut-il que les hommes soient bêtes de fabriquer des machines pour se tuer... comme si on ne claquait pas assez vite tout seul !"

- "L'homme est imparfait mais ce n'est pas étonnant si l'on songe à l'époque où il fut créé."

- "La grande trouvaille de l'armée, c'est qu'elle est la seule à avoir compris que la compétence ne se lit pas sur le visage. Elle a donc inventé les grades."

- "La statistique a démontré que la mortalité dans l'armée augmente sensiblement en temps de guerre."

- "Ah ! le vieux rêve des gens honnêtes : pouvoir tuer quelqu'un en état de légitime défense."

- "Il faut prendre l'argent là où il se trouve, c'est-à-dire chez les pauvres. Bon d'accord, ils n'ont pas beaucoup d'argent, mais il y a beaucoup de pauvres."

- "On devrait pouvoir ouvrir des écoles pour professeurs inadaptés." 
(ha ha ^^ je l'adore celle-là ^^' et tellement contemporaine !)

- "Les asiles d'aliénés comportent dans leur personnel des internes et des internés. Entre ceux-ci et ceux-là, ne se dresse que l'épaisseur d'un accent aigu."

- "Il y a des types qui croient ressembler à Napoléon parce que leur femme s'appelle Joséphine."

- "Il est toujours avantageux de porter un titre nobiliaire. Etre "de quelque chose", ça pose un homme, comme être "de Garenne", ça pose un lapin."

- "Non, la stérilité n'est pas héréditaire."

- "L'avantage des médecins, c'est que lorsqu'ils commettent une erreur, ils l'enterrent tout de suite..."

- "Je ne suis pas de ceux qui s'imaginent qu'ils n'ont qu'à ouvrir la bouche pour que les alouettes tombent rôties. Non, mais tout de même j'ouvre la bouche de temps en temps."

"- Vous n'y allez pas par quatre chemins !
- Jamais ! Un seul, c'est plus court."