mardi 9 avril 2013

Assistance sexuelle aux handicapé-e-s : oui, mais avec des putes !

L'assistance sexuelle aux handicapé-e-s, on en parle ici, on en reparle là, encore un peu par là, et bien ailleurs... Mais alors, l'assistance sexuelle, qu'en penser ? Pour ou contre ?

J'en pense que je suis pour, mais pas dans la forme que ça prend. Donc je suis pour, et contre.


Une vie sexuelle est-elle "un droit" ?

Mine de rien, une partie du débat est là.
Le sexe est-il un droit auquel doit veiller la société, voire la législation ? Une vie sexuelle peut-elle être "un droit" ?
Au regard de différents textes, il semble que oui :
la sexualité peut être considérée comme un droit fondamental et universel de la personne humaine. C'est d’ailleurs ce que dispose l'article 25 de la Convention internationale des Nations unies, relative aux droits des personnes handicapées. Le texte de la consultation technique internationale sur la santé sexuelle, organisée en 2002 par l’Organisation mondiale de la santé, définit également la santé sexuelle comme «un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social en rapport avec la sexualité, qui ne se borne pas seulement à l’absence de maladies, dysfonctionnements ou infirmités».

Les handicapés ont-ils "plus" droit à une vie sexuelle que les autres citoyens ?

Avoir une vie sexuelle peut donc être un droit, comme on l'a vu précédemment. Seulement voilà : des gens sans vie sexuelle, y'en a plein.
Des moches vraiment repoussants,
des très cons (tellement cons que même s'ils sont beaux, on fuit à toutes jambes dès qu'ils ouvrent la bouche - si si),
des timides à la limite de la phobie sociale pathologique,
des vieux,
des jeunes,
des handicapés,
des malades psychiatriques,
des détenus,
des asexuels
des religieux,
etc...

Mais si des personnes religieuses ont choisi l'abstinence sexuelle (ou presque, hein, presque), bien des gens en revanche la subisse : les handicapés, comme les autres... Alors pourquoi proposer un service d'assistance sexuelle aux personnes handicapées, et pas aux autres citoyens ?

On me dira : "Certains handicaps très lourds nécessitent une vie sexuelle adaptée."
Oui, j'en conviens. Et ?
Et ?
Quel est le rapport entre une pratique sexuelle adaptée, et un droit à une vie sexuelle ? Aucun.
On parle ici du DROIT à une vie sexuelle, pas des techniques à employer pour faire jouir un tétraplégique incomplet. Le droit à une vie sexuelle adaptée à son handicap, c'est différent du droit à avoir une vie sexuelle au nom de son handicap.

On me dira : "Parce que les handicapés n'ont pas le choix."
Je répondrai : les autres gens sans vie sexuelle n'ont guère plus le choix, pour la plupart. Et si le "droit à une vie sexuelle" est bien un droit, alors il doit être UN DROIT POUR TOUT LE MONDE, et non un droit réservé aux personnes handicapées.

Je répondrai aussi : c'est sympa de faire passer les handicapé-e-s pour des mecs et meufs abonné-e-s à la misère sexuelle, et intrinsèquement incapables de susciter du désir ou d'attirer des partenaires. Car si on reconnaissait aux personnes handicapées la capacité de séduire, d'avoir une personnalité intéressante, d'utiliser le cas échéant d'autres atouts qu'une plastique de rêve, d'être des objets de désir malgré (voire grâce à) leur handicap,
bref si on reconnaissait aux personnes handicapées le droit d'être "normales", le droit de plaire - ou de se prendre un râteau - comme tout le monde, on ne proposerait pas un service d'assistance sexuelle leur étant spécifiquement dédié.

Proposer un service d'assistance sexuelle uniquement pour les handicapés,

* soit c'est considérer qu'ils sont - du seul fait d'être handicapés - incapables d'être attirants ou d'avoir une vie sexuelle ; et c'est dégradant et insultant ;

* soit c'est considérer que les handicapés se font jeter uniquement à cause de leur handicap et ne peuvent pas se prendre de râteaux pour de bonnes raisons comme n'importe qui d'autre (comme être con, insipide, chiant comme le spectacle d'un aquarium vide, plus déprimant qu'un service d'oncologie pédiatrique, aussi étouffant qu'un boa constrictor, ou idiot) ; et c'est une vision foutrement naïve et ridicule des choses.

Une personne handicapée peut être charmante séduisante, agréable, drôle, intelligente... certes ; mais un handicapé peut aussi être un gros con débile superficiel niais et imbaisable, tout comme une personne valide peut l'être. Une personne handicapée peut être célibataire pour d'autres raisons que son handicap : par exemple, être fan de Plus Belle La Vie ou de Les Ch'tis à Las Végas est un motif de râteau ou de rupture parfaitement recevable, indépendamment du fait d'être valide ou handicapé.

Être handicapé ne prédispose nullement - en soi - à être condamné au célibat ou à ne pas pouvoir séduire ; de même qu'être handicapé ne signifie pas que l'absence de partenaires soit uniquement liée au handicap.

L'handicapé est un galérien du sexe - ou pas - comme les autres.
Et les personnes handicapées devraient bénéficier des mêmes possibilités d'avoir accès à une vie sexuelle que les autres : lieux de drague et de rencontres (se pose le problème de la non-accessibilité des villes et commerces, qui elle est un vrai frein à l'insertion sociale), sites de rencontres "sérieux" ou libertins, fucking-friends, ou bien encore : les putes.


L'assistance sexuelle aux handicapés, un chien dans le jeu de quilles de l'abolition de la prostitution

Parmi les personnes - handicapées ou non - ayant peu ou pas de vie sexuelle faute de partenaire, il y a des gens qui font avec, d'autres qui fréquentent assidument les sites de rencontres ou tentent leur chance dans des lieux de drague, et d'autres qui vont payer les services d'un-e prostitué-e.

Sauf que : le recours aux prostitué-e-s n'est pas aisé, étant donné la politique abolitionniste qui sévit en France (dénoncée ici).
Le Sénat a récemment abrogé le délit de racolage passif, mais le racolage "actif" est toujours une infraction pénale, et certains responsables politiques - nostalgiques d'une époque où le divorce n'était pas possible et où l'adultère était encore un délit... - rêvent toujours de voter une loi visant à pénaliser les client-e-s de prostitué-e-s (lire aussi cet article).
Pire : ces politiques sécuritaires, liberticides, moralisatrices et in fine dangereuses tant pour les prostitué-e-s que leurs client-e-s sont activement soutenues par de soi-disant féministes ayant pignon sur rue médias (comme Osez le féminisme, voir cet article), offrant ainsi à nos députés et sénateurs un alibi politiquement correct leur permettant de noircir encore un peu plus un paysage répressif déjà bien sombre :


Et au milieu de cette atmosphère austère visant à réprimer la prostitution et à criminaliser les client-e-s, voilà que le débat sur l'assistance sexuelle débarque comme un chien dans un jeu de quilles.

Les "pro-assistance sexuelle" s'évertuent - avec un talent rare dans l'art de manier l'hypocrisie - à différencier recours à la prostitution (beurk, c'est Le Mal !) et recours à une assistance sexuelle (youpi, c'est Le Bien !) ;
et les "anti-assistance sexuelle" s'échinent - avec la délicatesse d'un mammouth en rut dans un magasin de porcelaine - à faire le parallèle entre assistance sexuelle et prostitution, pour mieux diaboliser "le plus vieux métier du monde" et sa clientèle.


La société et le sexe, entre hypocrisie et schizophrénie

Il n'y a pas que les débats autour de l'assistance sexuelle qui sont hypocrites.
Après des décennies de libération sexuelle et des mœurs, des décennies de militantisme, d'émissions de télé, de magazines santé, d'études en tous genres, de livres, films, de dossiers dans la presse féminine etc... consacrés à la jouissance, à l'orgasme, à la sensualité, au porno, au plaisir, aux bienfaits et vertus d'une vie sexuelle libre et épanouie, il est foutrement pénible de constater que la société a encore de nos jours un rapport au sexe très hypocrite voire schizophrène.

Ainsi, seules les personnes jeunes, belles selon les normes en vigueur, disposant de leur propre logement, ayant un quotient intellectuel suffisant, et en bonne santé sont autorisées ou incitées à avoir une vie sexuelle libre et épanouie ;
les autres, circulez :
* les relations sexuelles sont interdites dans les maisons de retraite,
* les relations sexuelles sont interdites dans les hôpitaux, centres de soins, centres de rééducation, centres d'hébergement et foyers,
* les relations sexuelles sont interdites dans les services psychiatriques,
* les relations sexuelles sont interdites dans les prisons,
* les relations homosexuelles gays sont spécifiquement interdites (et sévèrement réprimées) dans les prisons,
* un homo, ça ne pense qu'au sexe,
* un handicapé ou un vieux, ça ne pense qu'à l'amûûûûr,
* le viol est un crime pénal, mais on demande toujours aux victimes si elles ne l'auraient pas "un peu cherché",
* vive la liberté sexuelle, mais n'empêche une femme sexuellement active c'est un peu une salope quand même - ou une créature de Satan,
* et environ les 3/4 de l'Humanité croient que tous les maux sur Terre ont pour origine un couple qui avait honte de se balader à poil.

Et au milieu coule une rivière, un torrent, un tsunami d'hypocrisie.

Il est étonnant de voir des responsables politiques et élus locaux envisager un service d'assistance sexuelle aux personnes handicapées, alors qu'en parallèle on interdit toute relation sexuelle dans la plupart des centres et institutions dans lesquelles elles séjournent, et qu'on ne se soucie guère de faire appliquer une véritable politique d'accessibilité dans la ville - qui favoriserait sorties et rencontres.

Il est curieux de la part de certaines associations d'handicapés de se plaindre de misère sexuelle et d'exiger un droit à l'assistance sexuelle quitte à créer "une exception" au délit de proxénétisme, quand dans le même temps elles dénient cette misère sexuelle et le droit d'avoir recours à des professionnel-le-s du sexe à d'autres citoyens.

Il est ennuyeux que bon nombre de féministes en France n'aient pas autre chose à foutre que faire supprimer la mention mademoiselle des formulaires administratifs, vouloir révolutionner la grammaire et la Carte Vitale, ou faire la chasse aux putes et à leurs client-e-s y compris handicapé-e-s.


Mais alors, que faire ? L'assistance sexuelle, non ; la prostitution, oui !

Je suis POUR que des personnes - handicapées ou non - puissent avoir une vie sexuelle, d'autant que pour les personnes handicapées, la sexualité doit être adaptée à la fois à chaque type de handicap, et à chaque type de personnes (tout le monde n'aime pas les étreintes délicates et fleur bleue ou le bondage, et tous les handicapés ne sont pas hétéros).
MAIS : je suis CONTRE le fait que ça prenne la forme d' "assistance aux handicapés". Je trouve ça insultant, très stigmatisant, et incroyablement hypocrite.

Le plus simple serait tout simplement : de confier ce service à des professionnel-le-s.
En l'occurrence, les travailleurs et travailleuses du sexe que sont les putes. Pourquoi diable (oui, je l'invoque quand je veux) vouloir transformer des tierces-personnes, du personnel médical ou paramédical, des auxiliaires de vie, en "aidants sexuels" alors que manifestement, quand ils ont choisi ou accepté cette profession, ils ne s'attendaient pas à devoir un jour satisfaire les désirs sexuels de leurs patients ?
Il me semble bien plus judicieux de proposer ce genre d'assistance sexuelle à des personnes dont la prestation de services sexuels est la profession. Je rappelle que la prostitution est légale, bien qu'on puisse rire - ou pleurer - de l'hypocrisie manifeste des pouvoirs publics envers les travailleurs et travailleuses du sexe.
A-t-on seulement demandé leur avis aux putes ? Ont-ils-elles été seulement consulté-e-s ? J'en doute fort, et c'est un parti pris bien étonnant lorsqu'on débat de services sexuels professionnalisés.


Il conviendrait donc de :

* Reconnaitre la profession de prostitué-e, et leur garantir les mêmes droits que d'autres travailleurs-euses : exercer leur travail en toute sécurité et dans de bonnes conditions, accès à la médecine du travail et à des campagnes de sensibilisation, de prévention et de dépistage des IST, etc.

* Former les prostitué-e-s qui le souhaitent (tout comme il existe des "spécialisations" ou des formations dans d'autres professions) aux spécificités du sexe avec une personne handicapée (connaitre les différents types de handicap, savoir s'y adapter etc) et aux spécificités de l'accompagnement de couples d'handicapés ayant besoin de l'aide d'une tierce personne pour avoir des rapports sexuels ensemble.


Comme ça, fini l'hypocrisie sociale et politique autour de ces questions, et tout le monde sera content dans la mesure où :

* on ne fera plus la chasse aux putes et à leurs client-e-s (plus on pénalise et plus on "délocalise" ces activités dans des endroits sordides et dangereux) ;


* certain-e-s prostitué-e-s auront la possibilité d'élargir leur "champ de compétences professionnelles", leur clientèle, et de se rendre utiles auprès de personnes handicapées en suivant une formation adaptée ;

* les handicapé-e-s ne se sentiront plus marginalisé-e-s ;

* les parents d'enfants lourdement handicapés - en particulier les mères - ne se retrouveront plus face à la situation pour le moins gênante et environ traumatisante d'avoir à tripoter la nouille ou le clito de leur gamin-e par pitié / compassion / dévotion envers lui-elle et pour lui apporter un soulagement, comme ça arrive parfois ;

* le personnel médical et paramédical, déjà en sous-effectif, n'aura pas de tâches supplémentaires à effectuer ce qui lui laissera l'opportunité de traiter quelques escarres, de prendre la température ou la tension, de distribuer les médicaments, ou d'apporter le bassin (vite, car en général c'est pour une urgence hein).

Alors oui, bon, quand je dis que tout le monde sera content... il est possiblement probable que quelques féministes et réac' cacheront leur immense joie derrière un masque de virulentes protestations. Mais vous savez c'que c'est... le chien aboie, la caravane de la libération sexuelle passe.


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"La vraie morale se moque de la morale."
Blaise Pascal, Pensées 

"La morale compose les trois quarts de la vie et le sexe, la moitié."
Matthew Arnold

6 commentaires:

  1. Ahlala, j'ai pris plaisir à lire cet article avec des arguments que je trouve clairs et justes. Voilà, je n'ai plus qu'à l'envoyer à ceux qui ont du mal à comprendre quand je parle ! Merci d'avoir pondu ce savoureux billet satanique.

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    1. Merci pour ton commentaire :)
      Les arguments, on les a souvent ; mais c'est les synthétiser et les articuler qui est plus galère ^^ À l'occasion, je m'y colle, ravie que ça te soit utile :)

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  2. merci aussi! très bon article! (je suis en train de me balader sur ton blog que j'ai découvert grâce à... Mar_Lard et ses deux écrits que tu as repris (très bien d'ailleurs) et je pense me balader encore un bon bout de temps sur ton blog)

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  3. Merciiiiii c'est cro gentil ^^

    "(je suis en train de me balader sur ton blog que j'ai découvert grâce à... Mar_Lard"
    => haha ^^ Pourtant, je doute qu'elle me fasse de la pub :D Ou alors c'est à l'insu de son plein gré.

    "et ses deux écrits que tu as repris (très bien d'ailleurs)"
    => Je n'ai pas grand mérite ; de fait, ses deux articles n'étaient pas difficiles à reprendre tellement ils étaient... comment dire ?, trollesques.
    Dommage, car l'intention était bonne. Mais comme on dit : "Quand ton seul outil est un marteau, tout se met à ressembler à un clou" ; c'est, me semble-t-il, le problème principal de ses articles.

    "je pense me balader encore un bon bout de temps sur ton blog"
    => N'espère pas y trouver QUE des articles que tu trouveras intéressants ^^'
    Mon blog c'est un peu mon aire de jeu, je n'écris pas que sur des sujets sérieux, et j'évoque des choses très variées, indépendamment de ce qui plait aux lecteurs - réguliers ou de passage. Donc bon... ça plait ou ça plait pas ^^

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  4. Moi aussi, j'ai eu le plaisir de découvrir votre blog grâce a Mar_Lard...en tapant Mar_Lard dans Google! Deuxième résultat pour moi, juste après son compte Twitter! Impressionnant, n'est-ce pas? Vous devriez tester. Vous etes probablement plus lu que vous ne semblez le croire dans vos articles.Je trouve ceux-ci forts intéressants, et plus mesures et intelligents, que les articles féministes classiques. Et si je pense que Mar_Lard réalise un travail utile en dénonçant un problème existant dans la communauté geek, je partage l'essentiel de vos critiques. Et il est vrai que j'ai du mal a adhérer aux pensees féministes associant tout homme a un coupable et récusant leur légitimité dans le féminisme, et parfois un peu complotistes, notamment dans les mentions a la domination. Vos idées me semblent personnellement bien plus éclairées, et je me sens moins isolé (quoique la fréquentation du blog de l'odieux connard, que j'imagine que vous connaissez suffit a ce point (en passaant, et puisque que quittes a commenter, autant vous posez une question, que pensez vous de l'agoslipisme? (certes, ce nom et concept pourrait provenir surtout d'une boufonnerie, mais il tend a résumer beaucoup de mes idées et je pense, de celle de l'odieux))).

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  5. Dis donc excellent travail de synthèse argumentative et d'autant plus accessible à plein de personnes (la vulgarisation qui n'est pas vulgaire :)), j'applaudis de toutes mes neurones. Et surtout je diffuse.
    Un grand merci.


    Zig Blanquer

    http://dev.suchmag.fr/1657/sexualite-handie-un-tabou/

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